La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA PROPRIÉTÉ SOCIALE ET LA DEMOCRATIE 477 conquis. Que les professeurs prennent l'habitude d'établir toujours une distinction sévère entre les données de la science et les conjectures de • la métaphysique; qu'ils restent fidèles à cette qualité française, la clarté, clarté vraie et scientifique qui n'exclut pas l'art. mais qui exclut la rhétorique et la scolastique des formules. » Dans les quel_ques pages où il traite de l'enseignement supérieur, M. Fouillée considère comme un devoir cet enseign·ement pour ceux qui ont la fortune; certaines parties devraient en être obligatoires. L'impôt doit être payé en travail, en capital et en talent. « Les riches absolument oisifs sont des parasites dans une société démocratique. Sans doute, on peut dire que leurs capitaux travaillent à leur place; mais ces capitaux représentent le travail de leurs ancêtres et non un travail personnel. .. Le superflu des uns, leur consommation luxueuse et improductive peut priver les autres du nécessaire; donc, si vo11; employez vos richesses d'une manière irrationnelle et infructueuse, vous faites renchérir le nécessaire. En outre, les oisifs peuvent devenir un danger pour la société par leur immoralité. Quoi de plus immoral que la vie de beaucoup de jeunes gens riches, qui se partagent entre les femmes, les chevaux et le jeu ? li s~ produit un abaissement intellectuel des classes riches et des bourgeois enrichis quand leur oisiveté se prolonge et devient endémique. L'héritage est peut-être tres légitime : le père qui a pcrso1111elle111e11t travaillé et épargné a bien le droit de vouloir que ses enfants ne soient pas soumis eux-mêmes à un dur labeur, à un travail matériel fatiguant, mêlé d'inquiétudes pour l'avenir. Mais un moraliste rigoureux ·pourrait soutenir que le droitdu père ne va pas jusqu'à introduire dans une société démocratique des parasites et des oisifs absolus. En droit strict, la société pourrait exiger que l'héritier d'autrui travaillât à son tour et personnellement, elle pourrait exiger surtout un travail intellectuel, la fréquentation d'un cours, l'acquisition d'un grade, la culture d'un art libéral ou utile, l'exercice effectif d'une profession industrielle ou agricole, l'accomplissement d'une fonction civile ou politique. >' Et M. Fouillée a raison d'ajouter qu'on devrait exiger une patente pour absence de profession. Si on mettait un impôt formidable sur les riches qui n'acquièrent pas un grade dans l'enseignement supérieur, on n'aurait pas le spectacle des nombreux inutiles qui encombrent la société, car celui qui a beaucoup travaillé dans sa jeunesse, surtout par l'intelligence, ne cesse pas de travailler dans sa virilité. Au moins si le jeune homme refusait de s'instruire, la société retrouverait par l'impôt le capital égaré et perdu dans des mains indignes. (< Dans la pratique comme dans la théorie. on n'en finira avec l'erreur qu'en lui prenant sa part de vérité pour la rattacher au fonds commun des vérités acquises. Cette tàche est le principal objet de l'enseignement supérieur. Condamner en bloc une doctrine est aussi impos-

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