La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE que travail sur l'évolutionnisme de la psychologie des idées forces. Mais combien liront cette œuvre qui m'a passionné, que je trouve si grande et si belle? Ce qu,il faut, à côté de ces recherches théoriques, c'est leur synthèse présentée modestement. écrite surtout avec le cœur tout en conservant la sincéritè scientifique qui peut seule nous toucher aujourd'hui. Il faut nous montrer les raisons de nos droits et surtout de nos de\'oirs d'hommes et de citoyens, nous indiquer la grande route de la vie par le travail, l'honneur et l'amour. Après la philosophie des mœurs, M. Fouillée demande la philosophie des arts et des sciences. ,, En somme, les réponses que nous venons de proposer sont faciles, pratiques, immédiatement applicables. Elles viennent en aide au travail des professeurs d'humanité, elles coordonnent les idées ; elles introduisent dans l'enseignement l'unité et à la vie ... Enfin elles ne sont pas moins moralisatrices qu'intéressantes et instructives, puisqu'elles sont l'introduction méthodique des jeunes esprits dans un monde ou ils ne font d'ordinaire que des excursions au hasard et sans suite: le monde moral, le vrai domaine de l'homme et de l'humanité, le plus haut et le plus précieux des patrimoines dans les dèmocraties. Je ne résiste pas au plaisir d'indiquer brièvement comment M. Fouillée entend un cours de philosophie. La première partie doit être positive ou scientifique, la seconde conjecturale ou métaphysique. D'abord, la psychologie expérimentale scientifique où chaque théorie y sera représentée avec son degré exact de certitude ou de probabilité; puis l'esthétique scientifique ou philosophie de l'art, ensuite la logique scientifique ou philosophie des sciences; après, la morale scientifique, enfin la sci~111:esociale: économie politique, jurisprudence, science politique; - et pour couronner le tout, la métaphysique, « étude obscure et ardue, soit, mais qui fait aux esprits gravir les hauteurs.. respirer l'air des sommets, fouler du pied ces hauts glaciers qui semblent d'abord stériles et d'où avec les grands fleuves, descend la vie.» Il ne s'agit pas de donner des solutio~s de toutes les difficultés, mais de montrer ces difficultés et d'empêcher les jeunes gens d'accepter sans aucun contrôle les solutions plus ou moins hasardeuses. et contradictoires qu'en fournissent les religions, les journaux ou les livres de polémique. On n'empêchera jamais l'homme de se poser ces trois questions: Que suis-je? d'où suis-je venu? où vais-je? Ne serait-ce que pour déterminer les questions qui sont vraiment insolubles et pour quelles raisons elles le sont, l'étude de la métaphysique s'impose. La philosophie ne doit être ni dogmatique, ni sceptique; elle doit tendre à éveiller, à faire éclore dans les jeunes esprits l'essaim des idées qui se fixeront ensuite peu à peu. « Le vrai contrôle des témérités de la spéculation dans la philosophie, c'est la science. A elle de marcher derrière le métaphysicien quand il croit s'avancer en triomphateur dans un pays

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