LA PROPRIÉTÉ SOCIALE ET LA DÉMOCRATIE 473 d'Etat, mais une simple précaution de tous envers chacun, et cela au bénéfice de chacun : les intérêts sur ce point, sont aussi harmoniques que les droits. » _ M, Fouillée trouve grave l'objection qu'on fait a ce projet tirée de l'augmentation des impôts; mais l'Etat ne manquera pas de ressources le jour où.l'on se décidera à répartir l'impôt plus équitablement (par l'établissement de l'impôt progressif sur les revenus et les héritages) et qu'on y ajoutera les économies nombreuses a effectuer dans chaque Département. Il serait nécessaire de réunir tous les efforts relatifs aux institutions philanthropiques, car les questions qui s'y rapportent sont au moins aussi importants que celles des postes, du commerce, de l'agriculture, et l'Etat ne devrait pas se désintéresser de tout ce qui touche à la fraternité, car la fraternité est un devoir général de justice, une œuvre de science et non de sentiment; le fondement même de la fraternité, c'est la solidarité qui est aujourd'hui la condition de vie ou de mort des sociétés. « Au milieu de la trame sociale où s'entrecroisent toutes les destinées individuelles, il faudrait que pas un fil, pas un individu ne fût brisé sans que le mécanisme général füt averti, atteint. forcé de réparer le mal dans la mesure du possible. C'est l'idéal que poursuit la philanthropie et dont elle se rapprochera d'autant plus qu'elle deviendra plus scientifique dans ses méthodes, sans cesser d'être aussi généreuse dans ses inspirations. » *** Je me suis fort étendu sur ces deux premiers livres de l'ouvrage de M. Fouillée parce qu'ils forment, selon moi, la partie la plus importante de cette œuvre. Le troisième livre traite surtout du suffrage universel et M. Fouillée l'étudie fort judicieusement.Il montre que le suffrage a un côté individuel, un côté contractuel et un côté social, qu'il suppose la capacité de se gouverner soi-même, d'exercer un pouvoir sur autrui et aussi une fonction sociale au nom de l'Etat. Chaque électeur est, au moment du vote, le représentant de la nation entière et statue sur le sort de la nation entière. L'idéal d'une société serait que toute loi. y fût l'œuvre de la volonté unanime. Cette unanimité existe sur certains points primordiaux mais trop rares, On est obligé, dâns les conflits d'opinion, de s'en rapporter a la majorité qui représente plus de droits et de volontés. Mais les majorités ne devraient jamais traiter les minorités en vainqueur, car la majorité d'aujourd'l!ui peut être la minorité de demain ; elle n'est qu'un substitut provisoire et faillible de la volonté universelle. Une majorité ne peut se vanter de représenter la vérité ni la justice, car l'erreur d!aujourd'hui peut être en politique, la vérité de demain.·
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==