La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

472 LA REVUE SOCIALISTE ment, un grand nombre d'enfants pour en faire de vrais citoyens. Pour rendre l'assistance plus sûre et plus efficace, il y a beaucoup de réformes économiques et politiques à entreprendre : « lois plus parfaites sur la propriété, - répartition plus équitable des impôts, quî ne doivent pas aggraver le prolétariat en retombant, pour la plus lourde partie, sur les prolétaires eux-mêmes, -un meilleur emploi de ces impôts, -l'essor donné aux institutions de crédit,- l'établissement de bureaux d'informations pour les travailleurs cherchant du travail, -l'encouragement et l'accroissement des associations particulières, enfin l'extension du système des assurances mutuelles sur une vaste échelle, par l'initiative de l'Etat et des communes de manière à conjurer les désastres matériels les plus fréquents et les plus graves. » Les associations coopératives sont une grande force, et elle ne sont pas assez répandues chez nous. Les associations coopératives de production sont surtout en grande défaveur. Il est vrai que leur constitution est fort difficile, n'ayant ni relations ni crédit, elles doivent tout tirer de leurs fonds; mais je ne vois aucune raison qui pourrait empêcher l'Etat de leur venir en aide, cornme il le fait pour les chemins de fer, par exemple, en leur garantissant un certain intérêt qui attirerait les capitaux. Parmi les institutions de prévoyance, il en est une qui n'est pas assez développée et qui produirait d'excellents résultats : l'assurance contre les maladies, la ·,ieillesse, le chômage ; et c'est là encore que l'Etat doit venir en aide au travailleur, mais il ne faut pas oublier que l'imprévoyance est le propre de l'homme tenté par de nombreuses jouissances ennemies de l'épargne, et le seul moyen d'arriver sous ce rapport à . un bon résultat est de rendre l'assurance obligatoire, sans quoi l'ouvrier n'économisera jamais assez pour s'assurer, l'épargne étant contraire non seulen;ient à la nature mais à l'éducation du prolétaire, si difficile qu'elle est déjà chez les hommes d'une éducation plus large et M. Fouillée a bien raison de dire : « Gràce à la solidarité croissante qui se manifeste dans nos sociétés modernes entre un citoyen et les autres, l'imprévoyance de l'un retombe la plupart du temps sur les autres ... L'Etat peut, sans violer la justice et au nom de la justice même exiger des travailleurs un minimum de prévoyance et de garanties pojr l'avenir; ces garanties du capital humain, qui sont comme un minimum de propriété essentiel à tout citoyen vraiment libre et égal aux autrés, sont de plus en plus nécessaires pour évit,~r la formation d'une classe de prolétaires fatalement vouée soit à la servitude, soit à la rebellion. Outre que le travailleur imprévoyant n'a du citoyen libre que le nom, il finit toujours par retomber, lui ou les siens, à la charge de la charité et de la propriété publique ... C'est donc au nom même de la justice, de la liberté et de l'égalité, qu'on peut établir pour l'individu l'obligation d'assurer en sa personne le capital humain par un minimum de garanties. Il n'y a là aucun socialisme '

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