La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA PROPRIÉTÉ SOCIALE ET LA L>EMOCRATIE le travail qui doivent remplacer l'aumône traditionnelle, la première afin de développer les intelligences et de relever les individus: le second, afin de relever le caractère, le niveau moral, en donnant à chacun une tâche en relation avec sa capacité. A qui doivent s'adresser les bienfaits de la philanthropie? A l'enfant, d'abord, abandonné ou misérable, qui, s_ion ne l'assiste pas, ne pourra participer à la vie sociale, et ce n'est pas là une œuvre de charité mais de pure justice répara/ive el contracl11elle, La société doit-elle assister aussi ceux qui, capables de travailler, se trouvent exceptionnellement sans travail et réduits par là à un état d'extrème misère? M. Fouillée p.:nse que cette assistance n'est qu'un devoir 111oralet géi1éral de l'Etat et que l'Etat pourrait dire au travailleur : ,< Vous me demandez une promesse, mais ètes-vous disposé vous mème à en faire une en échange? mon devoir est corrélatif a votre devoir, et votre droit, loin d'être inconditionnel, est subordonné à des conditions indispensables. Voulez vous renoncer au droit de propagation? Si oui, l'assistance est possible; si non, elle ne l'est pas, car ,·ous ne pouvez exiger de ceux qui ont travaillé avant vous, produit, épargné, qu'ils s'abstiennent <leconsommer les fruits de leur travail jusqu'à ce qu'ils aient assuré la nourriture à tous les ètres qu'il peut vous convenir d'appeler à l'existence. La procréation des enfants n'est pas un acte de fantaisie individuelle, c'est un acte social ... mettre au monde des enfants qu'on ne peut nourrir doit ètre considéré comme une faillite d'un nouveau genre. •> Au point de vue général ou si la France avait trop d'enfants, M. Fouillée aurait raison; mais en l'état actuel de la population, je dis que si l'État ne peut s'engager à donner des places à tous ceux qui • en demandent, à se substituer à l'individu, ni créer des emplois, car les forces destinées au travail dans un pays ne sont pas infinies, que, s'il doit laisser de côté ou du moins employer aux travaux les plus durs et les plus pénibles les insouciants et les paresseux (et il y a encore de grandes réformes à apporter dans le régime des prisonniers en général qui se trouvent mieux traités et plus sûrs de \'existence que les malheureux qui se débattent contre les nécessités de la vie) je dis que l'homme valide qui ne demande qu'à travailler doit pouvoir travailler, de manière à s'assurer au moins le strict nécessaire. - Quand l'état procure du travail par assistance, il doit rémunérer à des conditions inférieures aux conditions normales de ce travail pour ne conserver les nécessiteux que le moins longtemps possible et les obliger à chercher de l'ouvrage dans les conditions ordinaires de la vie sociale. Et puis, l'Etat n'a-t-il pas les colonies où il peut offrir un travail d'assistance en faisant telles conditions reconnues nécessaires? Mais, je le répète, il n'y a pas lieu actuellement de s'occuper de la question des enfants; la France peut nourrir facilement une population beaucoup plus nombreuse et l'Etat y gagnerait encore à élever, même gratuite-

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