LA REVUE SOCIALISTE être tellement désintéressées qu'elles n'attendent pas la réciprocité pour agir conformément à l'idéal moral. .. Le caractère de ce qu'on nomme la liberté morale, c'est d'aller au-devant d'autrui : si la liberté ne commence pas par être juste et aimante, quand donc commenceront la justice et l'amour? La voix qui appelle, tout en demandant la réponse, ne l'attend pas. >> La maxime chrétienne peut être prise sous trois sens : le désir, la volonté droite et l'amour. Mais notre désir ne peut être la règle de la justice ni de la bienfaisance, car il conduit à l'intolérance charitable, essentielle au catholicisme. La volonté droite ou plutôt aimante conduit elle-même à l'amour et alors,< nous prenons pour mesure à l'égard d'autrui l'idée que nous nous faisons du bien et de la vérité. Or, l'amour ainsi entendu est la négation de tout droit, puisqu'il substitue notre opinion vraie ou fausse à la conscience d'autrui. » La charité chrétienne est donc sujette à toutes les erreurs et à toutes les interprétations abusives sans aucune notion de droit ni de justice, Or, la justice est nécessaire à l'a111our, l'amour est surtout un sentiment, tandis que le droit est une idée. La fraternité ne doit pas être imposée ; elle doit résulter de la justice et du droit, comme ce lien social doit résulter de la volonté libre des individus. » Il faut que la fraternité devienne juridique et la justice fraternelle. Si la justice est la force de l'âme mise au service du droit. la fraternité est la tendresse de l'âme au service du droit, et cette tendresse, elle aussi, quand elle est éclairée, devient une force. >' Le fondement de la fraternité doit donc se trouver dans la nature même de l'homme et dans les conditions essentielles de la société entre les hommes. La fraternité est une idée hu111ai11e, un idéal : celui de la société universelle : ,<union libre de tous les êtres par une affection mutuelle qui concilierait la plus parfaite diversité et la plus parfaite unité ». La fraternité est aussi une idée directrice : l'attribution à l'homme d'une valeur idéale, supérieure à toute estimation matérielle. Pour que la fraternité ainsi conçue soit possible. il suffit que nous en ayons l'idée et le désir, car toute idée, tout désir, tend à sa propre réalisation. C'est ce que M. Fouillée a si bien nommé l'idéeforce dont il nous a donné la théorie dans des ouvrages qui forment déjà l'étude psychologique la plus complète et la plus élevée qui ait jamais été produite. La vraie fraternité ne consiste pas à ne point faire de mal, à s'abstenir, elle consiste surtout à agir, à réparer Je mal, à faire le bien. Le bien n'est donc pas une charité de surcroît, mais une justice nécessaire et « bien loin que la justice tende à s'absorber dans la fraternité, c'est la fraternité qui, au sein des sociétés modernes, doit tendre et tend réellement à s'absorber dans une forme importante de la justice, dont les sociologistes ont le tort de ne pas faire mention. » - La
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