LA REVUE SOCIALISTE veut aller plus loin encore. On demande contre deux ouvriers qui ont commis le crime de se mettre en grève etd'yrester, une condamnation sévère que rien ne justifie. M. le procureur cherche à intimider les témoins à décharge pour ne plus entendre à cette barre que les dépositions des gendarmes qui vont chercher les ouvriers dans les corons et qui sont devenus les agents des Compagnies. Deux mineurs, deux hommes parfaitement honnètes qui ont déposé sous la foi du serment. contredisent la déposition d'un gendarme : on les qualifie, pour cette unique raison, de faux témoins. C'est une abominable manœuvre d'intimidation que l'on veut employer contre les grévistes. Lorque les grévistes sont traqués par les gendarmes, lorsqu'ils sont poursuivis de corons en corons, lorsque, chaque jour, s'étalent des illégalités flagrantes en face desquelles le parquet reste muet, il est inadmissible. il est impossible qu'on empêche de produire à cette barre des témoins à décharge. Je suis convaincu que le tribunal fera son devoir. C'est pourquoi je le supplie de ne pas faire gronder, dans les masses, de grandes colères, par une condamnation que rien ne justiÎlerait. Si on sait dans le bassin houiller que ron ne peut plus vt.nir à cette barre dpporter le récit des faits que l'on a vus; si on dit que des témoins ont été arrêtés et condamnés pour avoir exposé ce qu'ils considéraient, en leur conscience, comme la vérité, vous aurez fermé la porte du tribunal. aucun témoin à décharge n'osera plus paraitre devant vous. Mais si des malheurs arrivent, si le sang coule dans ce pays, c'est sur votre tête qu'en retombera la responsabilité. Malgré cette éloquente plaidoirie, les deux témoins, après avoir maintenu avec fermeté, à trois reprises, leur première déposition, sont condamnl.!s, chacun, à 1111mois de priso11 et ci11q11n11freancs d'n111e11de. Millerand se lève aussit6t. Il déclare qu'en présence de la situation faite à la défense par ce jugement, il considère sa mission comme impossible ,et se retire. Dans cette seule audience du 21 octobre, le tribunal distribua aux grévistes cités à sa barre 11e11cfent vi,,gt-cf-1111jours d'e111priso1111eme11t. La veille, à Harnes, un capitaine d'artillerie s'était introduit, de vive force, dans une maison dont il avait enfoncé la porte d\111coup . d'épaule et avait qualiÎlé de prussien l'honorable maire de la commune. M. Deprez, sénateur. C'était le prélude de la terreur noire qui allait régner sur tout le pays houiller, à partir du lundi 23 octobre. Ce jourlà, les compagnies annoncent 7,859 descentes. Huit jours après, il y a 17,628 mineurs au travail. C'est la troisième et dernière période de la grève, celle de la débâcle, où la peur pousse devant elle les troupeaux d'ouvriers affolés et les jette, découragés, vaincus, inquiets du lendemain. à la merci des employeurs. Alors, c'est à qui n'arrivera pas le dernier, les derniers étant nécessairement condamnés à payer pour tous les autres. A partir du 2 3 octobre on peut considérer la grève
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==