·LA GRÈVE DES MINEURS 457 Il y a cinq semaines que la grève dure. Les économies sont épuisées depuis longtemps; les fournisseurs commencent à être gênés par le crédit. Et il n'y a pas à compter sur des secours venant soit du dehors, soit du syndicat. Les souscriptions qui arrivent, quoique importantes, ne pourraient suffire, avec l'encaisse du syndicat, à donner de quoi vivre pendant deux jours aux grévistes. Le découragement commence à se faire sentir. Les Compagnies en profitent pour envoyer de nouveau les porions au domicile des mineurs. Cette fois, ils portent avec eux des listes sur lesquelles ils exigent des o·uvriers qu'ils signent pour la reprise du travail. Le lendemain des gendarmes et des soldats sont aux portes des maisons, obligeant les signataires de la veille à les suivre à la mine. Dans ces conditions, la débandade ne tarde pas à commencer. Le nombre des descentes augmente rapidement dans les concessions de Dourges, Ostricourt, Marles et Courrières. On travaille presque au complet à Carvin et à Drocourt. Le samedi 21 octobre, les Compagnies accusent 7,237 descentes. Il reste encore plus de 35,ooo grévistes. Cette superbe résistance finit par exaspérer les Compagnies et le gouvernement. A tout prix, il faut qu'elle cesse, il faut que par la force on ait raison des grévistes. Le 21, l'affaire des femmes de Liévin doit , venir devant le tribunal correctionnel de Béthune. Millerand sera au banc de la défense. Le procureur Siben, qui, le 9 octobre, a osé, dans un de ses réquisitoires, prononcer cette phrase que la presse a recueillie : « Il faut frapper l'esprit de la population ouvrière », se dispose à porter un grand coup. Ne devient-il pas nécessaire de faire comprendre aux mineurs qu'ils n'ont pas à compter sur les défenseurs qui, spontanément, sont venus leur apporter le concours de leur éloquente et vibrante parole? Dans cette affaire de Liévin, la défense a fait citer des témoins à décharge. Déjà, dans de précédentes affaires, grâce aux enquêtes menées par le citoyen Baudin et les témoignages apportés à l'audience, Viviani a obtenu des acquittements. li est temps d'en finir avec de pareils scandales. O~ accusera de faux témoignage les témoins à décharge et on les condamnera à la prison. De cette façon on n'aura plus à compter avec eux. Donc, à l'audience du 21 octobre, deux témoins à décharge ayant déclaré qu'un gréviste n'avait pas tenu un propos qui lui était attribué par un gendarme, le procureur Siben se dresse et demande au tribunal de les faire arrêter séance tenante et de leur appliquer la loi sur les faux -témoignages en justice , déclarant ,< qu'il prendra telle mesure que son devoir lui inspire,:a » si satisfaction ne lui est pas donnée. Millerand, dans une vigoureuse réplique, s'élève contre cette prétention du ministère public. « Les grévistes, dit-il, sont considérés dans ce pays comme des criminels. On les pourchasse, on les traîne en prison comme des malfaiteurs. L'intimidation, sous toutes ses formes, règne partout en maîtresse. Aujourd'hui, on --
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