La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE palissade. Un factionnaire nous a déclaré que sa consigne était de ne laisser circuler Jans la rue que des personnes munies d'une carte signée par le command:rnt d'armes. Nous avons cherché sans y réussir, à rencontrer cet officier sup~rieur pour avoir de lui la confirmation de cette consigne. Nous avons pu, d'ailleurs, constater que le coron sis près de la fosse n• 1 de Liévin n'avait pas .!té le seul Olt cette même consigne fut donnée. Plusieurs rues sont ainsi fermées par des palissades que gardent des sentinelles, baïonnette au canon. De cinq heures du matin à neuf heures du soir, on n'y peut circuler qu'avec une carte signée de l'officier supérieur qui pren,1 le titre de commandant d'armes. Nous sommes convaincus, monsieur le ministre, que vous ignorez celte situation que, seule, a pu créer l'audace des compagnies. Le d_épartement du Pas-de-Calais n'est pas en état de siege. L'autorité militaire ne peut intervenir dans le conflit qui existe entre les ouvriers mineurs et leurs puissants patrons que sur la réquisition régulière des autorités civiles agissant conformément aux lois. Nous ignorons s'il y a eu réquisition, mais ce qne nous savons, c'est que les habitants des corons occupent leurs maisons en vertu d'un contrat régulier de louage. Ils n'en peuvent être expulsés qu'avec lts formes légales. Et tant qu'ils y résident, ils ont le droit, comme tous les autres citoyens français, de circuler librement, de recevoir chez eux qui leur plait, sans que l'autorité militaire ait le droit de s'installer à leur porte pour contrôler les visites qui leur sont faites el délivrer ou refuser, comme au seuil d'une prison, des permis de visiter. Vous voudrez bien M. le ministre, donner les ordres nécessaires pour qu'il soit mis immédiatement un terme à un état de choses aussi extraordinaire et recevoir les asst,rances de notre haute considération. BASLY, BAUDIN, MILLERAND, députés. li faut ajouter à cela que la répression continue à s'effectuer avec la même violence dans tous les centres ouvriers, où la grève se maintient. Des patrouilles de gendarmes, de dragons, de lanciers et de chasseurs circulent dans toutes les directions. Des charges sont signalées, chaque jour, dans les concessions de Marles, Nœux-les-Mines, Courrières, Béthune. On ne compte plus les arrestations. Le tribunal de Béthune distribue les jours de prison à jet continu. Le 19 octobre, deux grévistes sont gravement blessés à Fouquières (concession de Courrières). L'un est renversé par un coup de poitrail d'un cheval; il s'évanouit sous le choc. Lorsqu'il revient à lui, il crache le sang et se plaint de douleurs internes. L'autre, poursuivi à travers champs par des gendarmes est piétiné, roulé p.1r les chevaux. Il porte une blessure au côté. A Billy-Montigny, commune voisine de Fouquières, le citoyen Chauvière, député, est cerné avec ses auditeurs, par des dragons armés de lances, dans la salle où il donne sa conférence. Un adjoint au maire doit intervenir, ceint de son écharpe, pour faire respecter par la troupe la liberté de réunion.

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