LA GRÈVE DES MINEURS 453 l'entretien de ces enfants pendant tout le temps que durera la détention de leurs parents. Au départ des prisonniers pour Béthune, Basly se rend sur le quai de la gare de Lens pour informer les mères de cette décision et leur dire quelques paroles d'encouragement. Le capitaine de gendarmerie Gest, s'interpose. Il invite brutalement le député- de Lens à s'éloigner. « Je suis ici, répond Basly, pour constater les infamies que vous commettez, et j'ai le droit d'y être. D'ailleurs, il faut bien que je dise à ces malheureuses femmes que leurs enfants ne seront pas abandonnés et qu'ils auront du pain pendant qu'elles seront enfermées à la prison. » Le capitaine de gendarmerie mena,.e Basly de le faire arrèter. << Faites, réplique le député. je ne me retirerài pas. Je vous répète, monsieur, que ce sont des infamies que vous commettez. » Et les choses en restent là. Tous ces incidents ont provoqué une violente agitation à Liévin. Les ·ouvriers hors d'eux-mêmes, injurient les gendarmes. Les cuirassiers chargent dans toutes les rues des corons. Bientôt des fantassins arrivent et, en divers endroits, les sommations légales sont faites. Sans la présence des députés socialistes Lamendin, Basly. Baudin, du maire de Liévin, M. Defernez et de son premier adjoint le citoyen Dilly, qui, l'écharpe tricolore au côté, se placent entre les soldats et les ouvriers, et haranguent ceux -ci pour les supplier de se disperser, une épouvantable catastrophe se serait produite à coup sûr dans cette journée du 17 octobre.et peut-être aurions-nous eu un nouveau Fourmies à déplorer. Il suffit de mettre cette attitude digne des députés et des chefs du syndicat en regard de celle des représentants du gouvernement pour faire justice une fois pour toutes des racontars mensongers et des misérables accusations que le ministre Jonnart et sa presse ont dirigés contre les hommes qui avaient accepté la lourde et difficile mission de conduire la grève et de conseiller les ouvriers. Et de nouveau, la duplicité des gouvernants d'alors éclate dans toute sont horreur. A partir du 16 octobre, la grève entre dans une phase nouvelle. La terreur s'organise ; elle va bientôt régner sur tous les points. Le 16 octobre, les mineurs de Carvin reprennent le travail. Dans les concessions d'Ostricourt, Courrières et Marles, le nombre des défections augmente. Le mercredi 18, au lendemain des scènes de violence .commises, à Liévin, par le service d'ordre, les compagnies accusent 5489 descentes dans le.; fosses. Les mineurs de Meurchins, Sens, Liévin, Nœux, Béthune et Bruay continuent à résister avec courage. A Liévin, soit que l'on ait voulu tirer avantage des violences exercées pendant les deux journées précédentes, soit que l'on ait eu l'abominable dessein de pousser les choses à l'extrême, du·t-on en arriver à l'effusion du sang, l'ingénieur des mines de l'Etat avait, de nouveau, mis le maire en demeure de requisitionner trente ouvriers pour le mercredi 1·8 octobre. Le maire ayant fait part au préfet par dépêches
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==