452 LA REVUE SOCIALISTE Comme il fallait s'y attendre le lundi, la descente et la remonte des réquisitionnés que des gendarmes, des cuirassiers et des fantassins accompagnent successivement jusqu'à leurs maisons, donnent lieu à des manifestations que la troupe réprime avec une violence inouïe. Un brigadier de gendarmerie, le sieur Wattelet, empoigne brutalement une pauvre femme qui porte sur les bras un enfant de trois ans, la jette à terre avec son bébé et la traîne dans le ruisseau, malgré ses cris, ses larmes et ses supplications. La foule que cette scène ignoble a violemment surexcitée devient menaçante, pousse d'effroyables clameurs. Le soudard sentant que la situation se gâte abandonne sa victime, la laisse se relever. La malheureuse mère s'inquiète de son enfant. Le brigadier qui vient de le ramasser le lui rend, et il trouve ce mot horrible : ,<Ça ne sera rien, il crie encore ... » Le citoyen Lamendin arrive sur ces entrefaites. On lui raconte l'odieuse scène. Immédiatement il se rend auprès du commandant du 110· de ligne chargé de la direction du service d'ordre, l'informe de ce qui vient de se passer et le conduit auprès de la victime du gendarme. La pauvre femme a été interrogée par le commandant qui a promis d'ouvrir une enquête,< aussi sérieuse qu'impartiale. » On n'en a jamais eu de nouvelles. Nous donnons tous ces détails afin qu'on ne nous accuse pas de maLtvaise foi. On peut retrouver le commandant du 110· de ligne. De telles violences ne pouvaient manquer de mettre le comble à l'irritation de la population ouvrière. Pendant toute kt journée des manifestations se produisent. Elles deviennent plus ardentes, dans l'après-midi, à la remonte des réquisitionnés. Pendant plusieurs heures, gendarmes et cuirassiers chargent au grand trot à travers les rues de la cité ouvrière dans laquelle les mineurs sont tenus prisonniers, toutes les issues, menant aux corons étant gardées militairement. Vers cinq heures du soir, une troupe de manifestants composée en grande partie de jeunes gens, brise à coups de pierre, pendant que les gendarmes poursuivent à travers champs d'inoffensifs curieux, les vitres de deux ou trois maisons occupées par des « faux frères>'. De l'aveu d'un journaliste conservateur, présent à cette bagarre, a11rnnefemme ne fait partie du groupe des manifestants. Cela n'empêche pas les gendarmes de procéder le lendemain matin, au saut du lit, sur la désig11ationd'un garde particulier de la Compagnie comme étant les auteurs des bris de carreaux de la veille, à l'arrestation de cinq hommes, cinq femmes - dont une est enceinte et porte un bébé sur les bras - et de trois enfants. Les prisonniers sont conduits, à Lens, sous bonne escorte. Le soir, ils seront dirigés sur la prison de Béthune, où ils iront attendre leur condamnation. Les malheureuses mères de famille laissent derrière elles, à l'abandon, neuf misérables mioches, faits momentanément o,pbelins par les représentants du gouvernement de la République. Le syndicat décide de prendre à sa charge
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