LA GRÈVE DES MINEURS 451 syndicat est« fichu », que bientôt il n'y aura plus d'argent en caisse~ les économies de l'association étant mangées, en folles orgies, par les députés venus de Pariset les délégués. Ceux-ci recevraient quinze francs. par jour, pour leurs dépenses. Quant aux députés, on ne sait combien cher ils sont payés. Les porions passent de nouveau dans les corons, la menace à la bouche. Ils somment les mineurs d'avoir à reprendre le travail sous peirie de recevoir leurs livrets. A la suite d'une intervention de ce genre, à Cuinchy (compagnie de Marles) des dragons et des. gendarmes qui escortent un groupe d'ouvriers débauchés la veille chargent au galop sur des femmes et des enfants assemblés le long de la route, Plusieurs personnes sont foulées aux pieds des chevaux et grièvement blessées. « Le sang coulait sur le gravier », raconte un témoin. Dans la matinée du samedi 14, une nouvelle charge de dragons et de gendarmes a lieu, à Drocourt, contre une patrouille d'ailleurs peu nombreuse de grévistes. Les soldats munis de ,< queues » - bois de mine assez long et a:;sez gros pour constituer une très forte « trique » - cognent à tour de bras sur les ouvriers. Trois sont blPs_ sés dont un grièvement. Deux patrouilleurs, roués de coups de bâton, sont empoignés et conduits au bureau de la mine pour y être interrogés. (C'est dans les bureaux des compagnies que les grévistes comparaissent devant les gendarmes, en présence des ingénieurs ou d'employés de la mine). En chemin, Pandore injurie ses prisonniers qui ne marchent pas assez vite à sa guise : « Lâches. fainéants, vous ne voulez pas avancer. Attendez un peu, je vais vous lier à la queue de mon cheval ». A Oignies, (compagnie d'Ostricourt) des cavaliers se rangent en bataille devant la porte d'un estaminet fréquenté par les mineurs et, pendant près d'une heure, en interdisent l'accès. Dans les concessions de Meurchin, Ostricourt et Liévin, où les grévistes demeurent insensibles aux menaces comme aux provocations, et résistent avec un admirable sang-froid, les maires reçoivent de l'ingénieur de l'Etat, l'ordre de req11isitio111111r des ouvriers pour le service de la mine. Il paraît que les fosses sont en danger. Or, ça ne peut être là qu'un prétexte mensonger, puisque depuis le~ reprises partielles de travail, les compagnies, avec l'assentiment du préfet, refusent de laisser descendre les délégués ouvriers à la sécurité. Il faut donc considérer ces réquisitions comme un moyen imaginé par les compagnies, de compl~- cité avec le préfet, pour amener de force un certain nombre d'ouvriers dans la mine, et exercer, par la mise en scène des descentes et des remontes, une pression morale sur les grévistes, L'accord entre les patrons et le gouvernement s'étale donc de plus en plus cyniquement au grand jour. A Liévin, trente-sept ouvriers sont ainsi réquisitionnés le dimanche 14 octobre, pour le lendemain lundi. Aucune défection n'ayant été signalée, jusque-là, dans cette concession, la manœuvre apparaît évidente à tous les yeux.
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