La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA GRÈVE DES MINEURS 449 pour la nuit ou pour le matin, les manifestations - si111p!e111eut bmyantes - qui doivent fournir aux camarades visités la veille par les agents de la Compagnie, les prétextes dont ils ont besoin. Afin de compromettre le moins de monde possible, des échanges de ,<patrouilleurs » se font entre les -:entres voisins, souvent de compagnie à compagnie. Les ingénieurs savent tout cela. Aussi attachent-ils une grande importance à ce que les patrouilles de grévistes soient empêchées de circuler le long des routes. En 1891, l'autorité militaires' était bornée à surveiller les abords des fosses et à rendre libres les voies y aboutissant. En 1893, sous le prétexte de protéger la liberté du travail, elle laissa, nuit et jour (la nuit les soldats portaient des torches), aux heures de la descente et de la remonte des ouvriers, ses pelotons de cavaliers sur 1 tous les chemins avec l'ordre de disperser les groupes - même ceux de deux ou trois personnes. L'ordre fut ponctuellement exécuté, et avec un zèle que les mineurs n'avaient jamais constaté jusqu'alors chez les officiers. On voit où tendaient toutes ces mesures. Elles n'avaient d'autre but que de favoriser les démarches des porions et d'empècher les grévistes de se prêter mutuellement l'aide à laquelle ils sont habitués. Le gouvernement se donnait l'air de sauvegarder la liberté du travail qui n'était nullement menacée ; en réalité il étranglait au profit des employeurs la liberté de la rue et le droit à la grève. C'est pour atténuer l'effet de ces manœuvres et donner aux grévistes l'appui qu'ils ne pouvaient plus se prèter entre eux que le syndicat fit appel aux députés socialistes et se mit à organiser des conférences sur tous les points du bassin houiller. Mais aussitô'., les commissaires de police et les maires des communes reçurent des instructions leur prescrivant de veiller à la stricte exécution de la loi sur les réunions publiques - ce qui ne s'était jamais vu - et de les entravei· autant que possible. En mème temps des mesures « d'ordre » nouvelles étaient prises, et les abords des salles de réunion dans bien des communes étaient surveillés par la troupe. Même à diverses reprises, des conférenciers et leurs auditeurs furent cernés, pendant un temps plus ou moins long, dans les établissements où ils s'étaient réunis. Tout cela, encore et toujours sous le couvert de faire respe-:ter la liberté du travail. • Il va sans dire que les charges de cavalerie se multiplient de plus en plus, que les arrestations succèdent aux arrestations, et que les les jours de prison s'abattent comme une manne bienfaisante sur les malheureux grévistes. Dans cette semaine du 2 au 9 octobre, des femmes sont arrêtées à Drocourt; notre confrère Henri Tuot, de la Petite République est arrèté aux corons de Méricourt, à l'issue d'une conférence, pour avoir voulu retenir le cheval d'un gendarme qui allait écraser un jeune enfant. Le tribunal de Béthune lui accorde généreusement pour "9

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