LA GRÈVE DES MINEURS 443 ouvrière, ils sont venus, un matin, accompagnés d'un garde particulier d'une compagnie, empoigner dans leur lit, des pères de famille, des jeunes gens, des mères ayant des enfants à la mamelle et les trainer innocents, en prison, ligottés et chargés de chaines. En dehors de ces circonstances nou!- mettons qui que ce soit au défi de nous citer un cas où, dans une commune, l'ordre ait été sérieusement troublé. Il y a bien la meurtrière échauffourée de Givenchy-en-Gohelle, au cours de laquelle un malheureux garçon meunier qui venait de passer sa soirée au bal, trouva la mort, tué par le revolver d'un gendarme. Mais ce douloureux incident, personne ne l'invoquera contre nous, car il vient justement à l'appui de notre thèse. La commune de Givenchy-enGohelle compte 400 mineurs sur 1600 habitants. C'est une commune rurale située à l'écart de toute exploitation houillère. Les mineurs qui l'habitent sont obligés de faire plusieurs kilomètres pour se rendre à la fosse. Les 400 bouilleurs de Givenchy-en-Gohelle avaient cessé le tra- . vail dès le premier jour de la grève, c'est-à-dire le 18 septembre. Le 31 octobre il ne s'était pas encore produit une seule défection dans leurs rangs. La commune étant éloignée de tout centre minier, avait échappé sans doute à l'attention du général commandant en chef les troupes d'occupation. Malgré ses 400 ouvriers mineurs, elle n'avait depuis le commencement de la grève, reçu la visite ni d'un soldat, ni d'un gendarme, d'un autre côté, le syndicat était tellement stîr des mineurs de cette section, qu'il n'y avait organisé aucune conférence ni envoyé aucun député socialiste. Dans la journée du 3 1 octobre, deux porions, venus de Liévin, parcoururent la commune faisant, de porte en porte, une active propagande pour la reprise du travail. Le lendemain, et, le soir, deux gendarmes de la brigade de Vincy qui, sans doute, n'avaient rien autre chose à faire, se trouvèrent là, comme par hasard, à la fermeture des cabarets, pour empoigner les ouvriers qui s'aviseraient de crier ; Vive la grève! Ils en arrêtèrent deux. La foule s'amassa, une manifestation s'en suivit, bientôt compliquée d'une bagarre pendant laquelle les gendarmes déchargèrent leurs revolvers sur la foule et tuèrent un passant inoffensif qui n'avait rien à voir dans la grève. Disons tout de suite que le gendarme auteur du meurtre n'a pas été inquiété; on ne l'a même pas invité à établir qu'il s'étaittrouvé en état de légitime défense. Quant aux deux mineurs qui avaient été arrêtés pour avoir crié : Vive la grève! ils furent condamnés, par le tribunal correctionnel d'Arras, l'un à vingt jours, l'autre à six mois de prison. Il est évident que cette malheureuse affaire ne se serait pas produite, sans les provocations des porions et les excès de zèle des gendarmes venus, le soir, cela ne fait pas de doute, pour effrayer les ouvriers et achever 1~ besogne commencée dans l'après-midi par les agents de la compagnie de Liévin. Quant à la propriété, à part quelques carreaux cassés aux fenêtres
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