La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

442 LA REVUE SOCIALISTE !ères dans l'inqualifiable réunion de Lille furent scrupuleusement tenus. Le Nord, lui aussi, eut ses coupes sombres. Les journeaux bourgeois et les publications spéciales qui combattent à leurs côtés au profit de la société capitaliste se sont efforcés d'apitoyer l'opinion publique sur le malheureux sort des compagnies houillères abandonnées sans secours et sans appui aux rageuses attaques du syndicat des mineurs et ,, de la nuée de théoriciens socialistes qui, du Midi, du Nord et de Paris, s'étaient abattus sur le bassin houiller. >' A les en croire, ces pauvres compagnies furent fort à plaindre pendant toute la durée de la grève comme aussi, d'ailleurs, la population ouvrière et tout le commerce de la région sur lesquels Je syndicat exercerait, à ce que l'on affirme, un despotisme capable de mettre l'épouvante même aux cœurs les plus résolus. Et si vous faites observer que le gouvernement avait réuni toute une armée dans le pays houiller, qu'il y avait appelé des centaines de gendarmes, qu'il avait enjoint à ses tribunaux de se montrer impitoyables, on vous répond que c'est une preuve de plus des graves dangers que le syndicat faisait courir à la société. Les soldats et les gendarmes n'étaient là que pour maintenir l'ordre menacé par les ,<meneurs >', assurer le respect de la liberté du travail et mettre la sainte propriété à l'abri d'un coup de main des agitateurs socialistes. L'exposé des faits répond suffisamment à ces misérables inventions et il n'est pas besoin que nous entrepre;:iions ici une réfutation en règle d'aussi sottes calomnies. Pendant les sept semaines de la grève, il n'y a eu de manifestations un peu violentes dans la rue que celles qui ont été provoquées soit par les manœuvres des agents des compagnies, soit par les monstrueux abus de pouvoir de la gendarmerie et de l'armée, Il y a eu des manifestations dans la rue, lorsque, en plein soleil, on s'est mis à promener à travers les corons, comme en un cortège triomphal, au milieu des gendarmes, des cuirassiers, sabre au clair, des fantassins baïonnette au canon, les traîtres qui, sous la menace ou contre des promesses des employeurs, avaient consenti à déserter la lutte et à reprendre le travail quand des milliers et des milliers de leurs camarades s'imposaient de douloureux sacrifices, se condamnaient à la plus atroce misère pour Je triomphe de la cause commune. 11y a eu des manifestations dans la rue, lorsque des dragons armés de lances, ou des chasseurs, la latte pointée en avant, se sont mis à charger sur les trottoirs et à pousser leurs chevaux jusqu'au seuil des maisons. Il y a eu des manifestations dans la rue lorsque des gendarmes, ivres de rage, ont osé battre des femmes et des enfants et les traintr par les cheveux sur le pavé, lorsque, dans une énorme cité

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