444 LA REVUE SOCIALISTE des« faux-frères» (et il n'y avait pas là de quoi justifier la mobilisation de tout un corps d'armée) elle n'a pas été, un seul instant, menacée par les grévistes. En revanche, soldats et gendarmes n'ont eu pour elle qu'un respect très relatif. Nous en avons comme preuve les charges à travers champs et au milieu des jardins, les bris de clôture exécutés, aux corons du n° 4 de Lens, par des agents de la compagnie et sous l' œil bienveillant du secrétaire général de la préfecture, de M. le commandant de gendarmerie Moreau et de M. le capitaine Gest, enfin cette scandaleuse affaire de Harnes que Millerand a portée à la tribune, où on vit un capitaine d'artillerie enfoncer la porte d'une maison particulière et prendre possession de vive force, et malgré les dispositions contraires arrêtées par le maire, M. Deprez, sénateur du Pas-de-Calais, d'un cantonnement qui ne lui avait pas été désigné. La protestation suivante rédigée, le 27 octobre, à Lens par les députés socialistes, à la suite des mesures dont il est question plus haut, prises, au mépris de la loi, par l'autorité, dans les corons de la fosse n° 4 de Lens, suffira, d'ailleurs, à éclairer nos lecteurs sur l'état d'esprit des agents du gouvernement pendant toute la durée de la grève. Elle leur permettra d'apprécier ·en outre de quel côté sont venues les provocations et de dire qui a joué le rôle odieux que l'on s'efforce, aujourd'hui, d'attribuer aux chefs du syndicat ainsi qu'aux députés et aux orateurs socialistes: Nous dénonçons à la conscience publique les projets homicides conçus par le gouvernement pour mettre fin à une grève qui ne s'est prolongée six semaines que parce que les Compagnies ont refusé jusqu'ici d'entrer en pourparlers avec les 40,000 grévistes. L~ gouvernement, exécuteur des basses œuvres de ces Compagnies, a fait subir à ce pays une terreur extra-légale que l'état de siège le plus rigoureux ne s3urait justifier. Les jugements les plus impitoyables ont été rendus, sur les dénonciations faites par les Compagnies. Des citoyens inoffensifs, des femmes, des enfants, sont chargés sur les routes, sur les trottoirs, piqués sur leur portes à coups de lance par des pelotons de cavalerie que commandent des gendarmes qu'on sait très notoirement entretenus par les Compagnies. La nouvelle prison de Béthune regorge d'infortunés, hommes et femmes ayant leur enfant au sein, un grand nombre couchés sans paillasse sur des lits , en fer, parce que les magasins de cette prison régionale sont insuffisants pour faire face aux besoins de la répression abominable qui frappe l'arrondissement de Béthune. Ces atrocités sont commises pour forcer à reprendre le chemin de la mine à des.ouvriers en grève que les porions et les gendarmes vont chercher à domicile dans leurs maisons, l'injure et la menace à la bouche. Rien n'a pu ébranler la constance des corons décidés à résister passivement jusqu'au bout. Pour avoir raison de leur héroïsme, voici maintenant les préparatifs
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