434 LA REVUE SOCIALISTE compte des décisions prises, la veille au congrès de Lens et invitent les mineurs à s'y conformer, dès le lendemain. Le lundi 6, au matin, les mineurs se présentent, partout, sur le carreau des fosses. Mais les compagnies refusent d'en recevoir un certain nombre. Ceux-ci seront les victimes de la grève ; ils paieront pour tout le monde. Ces victimes on les a choisies à l'avance, dans le tas du troupeau. Dans une réunion tenue à Lille, le mercredi 18 octobre, les représentants des sociétés houillères avaient, en effet, arrêté d'un commun accord le pour cent des ouvriers à congédier, après la grève, pour chaque compagnie. Un pareil complot paraît tellement monstrueux, il dénote tant de barbarie chez ceux qui l'ont ourdi qu'on pourrait hésiter devant notre affirmation et refuser de nous croire, Apportons une preuve à l'appui. Voici ce qu'on peut lire, sous le titre : U11egrave mesure, dans le numéro du Progrès dn Nord, portant la date du lundi 23 octobre (1" colonne, 2• page): On nous apprend trop tard po:1r que nous puissions contrôler la nouvelle. que les représentants de toutes les compagnies réL111isà Lille mercredi ont pris l'engagement de congédier environ un pour cent de leurs outriers soit 400 à 450 dans tout le bassin. Ainsi qu'on le verra plus loin les compagnies de Drocourt et de l'Escarpelle ont déjà appliqué cette décision grave. Le Progrès du Nord est un journal de gouvernement. Personne ne s'avisera de suspecter sa bonne foi, en cette circonstance, ni de prétendre qu'il a intentionnellement donné carrière à ce bruit dans le but de servir la cause des mineurs auprès de l'opinion publique. D'ailleurs la « grave mesure» s'est réalisée dès le lendemain de la grève. Et ce n'est pas 450 ouvriers que les employeurs ont jetés sur le pavé, avec leurs femmes et leurs enfants, mais beaucoup plus. M. le procureur général Chenest a même trouvé, pour désigner ces terribles exécutions en masse, un mot qui restera : les coupes sombres. Oui, les compagnies osèrent, en présence de plus de 40,000 mineurs, exercer ces odieuses représailles. Ceux qui n'étaient pas frappés détournèrent la tête, baissèrent les yeux, et, sans un mot, sans un geste, sans une protestation, ils allèrent 'reprendre leur place sur les chantiers. On peut juger d'après cela de la terreur et du découragement qui régnaient dans les rangs ouvriers. Le 6 novembre, toutes les fosses trav;iillaient au complet. Seuls, les ouvriers victimes des coupes sombres manquaient à l'appel. Dans le Nord, la grève ne s'affirme pas avec la même soudaineté que dans le Pas-de-Calais. Le syndicat n'est organisé que dans les compagnies de l'Esc.irpelle, Aniche, Azincourt et Douchy. A Anzin,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==