La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA GRÈvE DES MINEURS 433 mettre en grève simultanément dans toutes les exploitations houillères du Pas-de-Calais. Le motif majeur de cette décision était que l'engagement conclu à Arras, le .30 nJvembre 1891, n'était plus tenu par les patrons; de plus, les ouvriers approchant de l'âge où ils auraient droit à la retraite étaient congédiés sous le plus futile prétexte. Les salaires étaient frauduleusement réduits ; les\ travailleurs qui avaient usé leurs forces au service des Compagnies étaient jetés sur le pavé. Notre grève, commencée le 18 septembre, s'achève maintenant dans sa septième semaine. Il n'a été tenu nul compte de nos justes réclamations. Les Compagnies y ont, d'un commun accord, répondu par une dédaigneuse fin de non-recevoir et elles ont refusé de se soumettre à la loi nouvelle qui, en pareils cas, prescrit l'arbitrage. Par contre, elles ont eu recours envers nous aux manœuvres les plus odieuses et déloyales, aU>,.provocations les plus injustifiables. Les gouvernants actuellem~nt à la tête de la République ont tout d'abord épousé leur cause, mis à leur service la gendarmerie, l'armée, les tribunaux. Depuis sept semaines, notre région est en état de siège; il n'y a plus à notre égard ni loi, ni droit. Nous vivons sous un régime de peuple conquis. Les routes nationales nous sont interdites; nos domiciles sont violés; on nous pourchasse à coups de lance et à coups de sabre. Sur désignation d'un directeur de la mine ou de l'un de ses subalternes, on nous empoigne, on nous enchaine, on nous traîne en prison. Nos femmes, nos mères ne sont pas plus épargnées. C'est par dizaines que l'on compte les arrestations de chaque jour, et voilà que, n'ayant pas, malgré toutes ces horreurs, réussi à nous terroriser, on nous assassine à coups de revolver, en attendant que l'on use des fusillades. Nous avom, sept semaines durant, fait appel à l'opinion publique, à la France. Des députés socialistes sont venus nous soutenir, nous encomager. Ils ont raconté dans la presse l'oppression que nous endurons et notre lutte. Leur voix, pas mieux que la nôtre, n'a été entendue. li semble pourtant qu'aujourd'hui l'on s'émeuve, mais c'est trop tard: Nous sommes à bout de forces, à bout cle misère; il nous faut courber la tête, avouer que nous somm~s vaincus, subir sans conditions le despotisme du capital, enfermer dans nos cœurs l'espoir d'une revanche prochaine. Mais la démonstration est faite u;1e fois de plus que le travailleur n'a nulle amélioration de son sort à espérer ; nulle équité à attendre que d'une révolution sociale. Cela, nous ne l'oublierons pas et, avant de retourner à notre dur et sombre labeur, nous remercions les orateurs socialistes qui, avec nous, ont fraternisé, les journaux qui nous ont soutenu, en particulier notre organe le Réveil diiNord et la Petite République Franraise qui, jusqu'au bout, ont lutté pom le triomphe de notre cause. En conséquence, le congrès se prononce, aufourd'hui, 4 novembre, pour la reprise genérale du travail. Pendant la journée du dimanche 5 novembre, les délégués du syndicat organisent des réunions dans toutes les sections. n.-endent 28

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==