La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA GRÈVE DES MINEURS Les ouvriers étaient tellement résolus à la grève, que le plus grand nombre d'entre eux - et il serait aisé de trouver des témoins pour confirmer le fa;t que nous allons avancer - avaient, depuis longtemps dans l'attente du chômage, amassé des provisions de légumes et de pommes de terre, et payé leur arriéré chez les fournisseurs afin de se ménager un nouveau crédit. Quant au gouvernement, on a pu s'en convaincre par ce que nous venons d'exposer, il n'a pas attendu les provocations(! !) des députés socialistes ou des « meneurs » pour faire sentir sa poigne et organiser en plein jour les moyens de répression à outrance. Le 18 septembre, il n'y avait pas un seul député socialiste - à part Basly et Lamendin - dans le bassin houiller, il ne s'était encore produit aucun incident grave, les mineurs n'avaient pas encore songé à conspuer M. le président du conseil Dupuy ni à acclamer la Révolution sociale. Et pourtant la gendarmerie donne avec une brutalité révoltante, les juges condamnent avec une impitoyable rigueur. Donc, dès avant la grève, le gouvernement était résolu à prendre parti contre les ouvriers, et à ranger ses gendarmes, ses soldats, ses fonctionnaires, ses magistrats sous la bannière des compagnies. Jésuitiquement, il a fait déclarer par ses journaux qu'il voulaient seulement maintenir l'ordre dans la rue et assurer la liberté du travail. Personne n'a pu être dupe de ce misérable boniment. L'alliance, d'ailleurs cyniquement étalée, des forces gouvernementales et capitalistes était évidente à tous les yeux, et c'est montrer une indigne mauvaise foi que d'oser prétendre que M. Dupuy a été olJ/igé d'agir comme il l'a fait, pour défendre la société contre un syndicat qui ne la menaçait pas puisque les mineurs du Pas-de-Calais n'avaient jamais jusque là manifesté la moindre intention révolutionnaire, et contre des députés socialistes qui ne devaient venir que quinze jours plus tard, appelés par les . ouvriers que les députés opportunistes et conservateurs laissaient écraser, sans donner signe de vie. La grève de 1893, commencée le 18 septembre, se prolonge jusqu'au 5 novembre inclus - soit une durée de quarante 11e11f jours La grève de 1889 qui avait été, non une grève générale, mais une succession de grèves partielles affectant, les unes après les autres, les divers districts miniers, avait duré environ un mois, et la grève de 1891, la première grève générale qui se soit produite dans le Pas-deCalais, quinze jours. De ces trois grèves, celle de 1893 fut, de beaucoup, la plus importante. Cela tient à l'organisation plus complète du syndicat, et à l'émancipation de jour en jour plus grande de l'ouvrier mineur. Les travailleurs plus instruits deviennent capables de comprendre et de discuter Jeurs. intérêts, et bientôt ils seront en état de faire respecter leurs droits. A ce point de vue, la grève de 1893 marque, dans l'his-

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