LA REVUE SOCIALISTE ces excellents antécédents et traita celui qui en justifiait ni plus ni moins qu'un vulgaire vagabond. Nous n'avons pas l'intention de passer en revue toutes les arrestations arbitraires opérées pendant la grève, ni les trop sévères condamnations, auxquelles elles donnèrent lieu. Cela nous mènerait trop loin. En relatant les faits qui précèdent nous avons simplement voulu fournir une indication sur les dispositiuns manifestées par le gouvernement, dès le premier jour du conflit. Il est évident que la gendarmerie avait reçu l'ordre d'agir non pas avec une « énergique modération>~ m.iis avec une excessive violence. A Carvin, à la suite de la charge dont nous avons parlé plus haut, le bruit se répandit, colporté de bouche en bouche, <, que les gendarmes n'avaient fait qu'exécuter les instructions très formelles du gouvernement. » La population s'irrita à cette nouvelle et lon;que, dans la journée, une compagnie du Sc régiment de ligne vint prendre ses cantonnements dans la ville, on dut la caserner dans les bâtiments des fosses, les l;abitants ayant refusé de recevoir les soldats. Ce détail a sa valeur. li permet de connaître les dispositions de la population vis-à-vis des ouvriers. On répète sur tous les tons que. dans le pays minier, l'opinion publique n'a été, à aucun moment, sympathique aux grévistes. C'est absolument faux comme le reste. Les mineurs ont eu avec eux presque toute la population parce que celle-ci vit de leur vie, parce que, comme les travailleurs de la fosse, elle a à souffrir du despotisme des Compagnies minières. Il serait facile d'apporter de nombreux faits à l'appui de cette ,opinion, mais cela nous éloignerait de notre récit. Du reste nous aurons à nous occuper, dans une autre partie de cette étude, des rapports de l'ouvrier mineur avec la population au milieu de laquelle il se trouve placé. Deux points intéressants sont à retenir de ce qui précède : 1 o l'unanimité et la spontanéité du mouvement gréviste; 2° l'allure violente tout de suite adoptée par le service d'ordre et l'étrange et inconcevable sévérité du tribunal de Béthune dans la répression des délits les plus insignifiants. En 1889, la grève n'avait pas été générale; en 1891, elle ne l'était devenue qu'au bout de sept jours. D'un autre côté il y a eu très peu d'arrestations pendant ces deux grèves. En 1891, la première arrestation signalée par les journaux est du quatrième jour de la grève. Voici donc, nettement dégagée, la caractéristique de la grève de 1893. On saitune fois de plus quelle créance il faut ajouter aux affirmations de ceux qui prétendent que la grève a été imposée aux ouvriers par les délégués du Syndicat et des députés socialistes, et que les •«meneurs» ont été cause de la sévérité déployée par le gouvernement.
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