LA GRÈVE DES MINEURS Or, syndiqués qui ne désiraient pas la grève, tout comme les 8.000 non syndiqués, tout a subi l'impulsion, tout a obéi au mot d'ordre et le chômage a été complet. 11n'y a pas à le nier, c'est un succès considérable, inespéré, et il faut bien reconnaître qu'il y a une certaine majesté dans ce mouvement qui, au jour dit, à l'heure indiquée, Alet sur pied 42.000 hommes. sa11sqtt'a11c1111désordri?, sa,,~ . qrt' a11c111i11cic!mt se soit produit. Il n'y a pas jour de kermesse dans le plus petit village du pays noir, et le plus pacifique, où, après boire, il ne s'échange plus de paroles vives qu'il ne s'en est fait entendre hier sur l'immense territoire des quatorze concessions. Le succès est donc aussi grand, aussi complet que possibleet aussi dépo11rvn d'ù,cid,mts regrettables que le comporte la mise eu mouveme11t d'1111etdle masse d'bom111es, c'est 111ts11ccèssans précédent en Fra11ct. L'écart entre les 44. 588 ouvriers inscrits sur les contrôles des . Compagnies houillères du Pas-de-Calais et les 42.000 chômeurs avoués par les directions minières, le lundi 1 8 septembre au matin, représente les travailleurs de la petite Compagnie de Ferfay qui, pour des raisons particulières avaient cru devoir se tenir ~n dehors du mouvement gréviste, et les porions et employés subalternes qui comptent à la main d' œuvre bien que ne vivant pas avec les ouvriers. Donc, le 18 septembre, au matin, la grève était générale dans le Pas-de-Calais. Et ce résultat n'avait pas coüté un effort au Syndicat. C'est à peine si quelques rares postes de surveillance avaient été établis dans le voisinage de certaines fosses. Dans cette matinée du lundi 18 septembre, il ne se produisit que deux incidents d'une certa111eimportance. A Carvin, où s'était portée une troupe de «patrouilleurs» venus des communes de Wingles, Douvrin, Bauvin, Provin, Meurchin et Oignies dans le but de manifester en faveur de la grève, la gendarmerie chargea, sans nécessité, et poursuivit au galop, les manifestants à travers champs. Elle opéra deux arrestations qui valurent; le soir même, de la part du tribunal de Béthune, à ceux qui en furent les victimes, quinze jours et un mois de prison, sous prétexte d'entrave à la liberté du travail. Dans la même matinée, le citoyen Tournay, délégué du:syndicat, conseiller municipal de Billy-Montigny, était arrêté dans sa commune pour avoir traité de «lâche» un garde de la Compagnie qui le désignait à un gendarme en disant : « Si on arrêtait celui-là, la grève ici, serait bientôt finie. » L'épithète valut à Tournay un mois de prison. Tournay a fait la campagne de 1870-; 1; il est très honorablement connu à Billy-Montigny; en 1887, au péril de sa vie, il a sauvé d'une mort certaine un ingénieur de la Compagnie des mines de Dourges que le grisou avait jeté, à demi asphyxié, dans un coin de galerie .::omplètement dépourvu d'air respirable. Le tribunal ne tint aucun compte de
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