La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA GRÈVE DES MINEURS 37 portent. Dans le grand débat qui s'est ouvert, devant la Chambre, à propos de la demande d'enquête sur les conditions du travail dans les 'mines déposée 'par le groupe socialiste, Millerand, dont le magistral discours restera l'étude la plus claire et la plus concise qui aura été faite de la grève, a donné lecture d'un article publié par l'Echo du Nord, joµrnql rnodé1:é,•qéferiseur du. cap_ital\ quj dojt troll\'.er plac.e dçins , la Revue Socialiste en raison mème de l'importance qu'il revêt. Cet article signé du rédacteur en chef, M. Gustave Dubar, un publiciste qui passe pour être un écon0miste distingué, a pour. titre : La production de la houille et le salail'eclesmineurs. Il a paru dans le numéro de l'Echo du Nord daté du 10 septembre, l~~1ijtours par conséquent avant !a déclaration de la grève.' En voici les passages les plus saillants : Une certaine agitation règne en' ce moment dans les houillercs du Pas-deCalais; les· délégués des diverses sections syndicales du bassin, au nombre de 160, doivent se réunir dimanche à Lens, pour aviser aux mesures propres à enrayer la diminution constante des salaires. La note officieuse annonçant cette réunion se termine en ces termes : « li ne faut pas se le dissimuler, la situation est très tendue et en cas de refus par les administrations des mines de faire droit aux réclamations des travailleurs, une grève générale est à craindre. Toutefois le chômage ne se produira qu'apres que le Syndicat aura usé de tous les moyens de concilation, y compris l'arbitrage. » On le voit, les •délégués du Syndicat sont d~cidés à être prudents, cc qui prouve qu'ils se rendent compte des difficultés que présente la situation actuelle. En effet, ia question du maintien des salaires ne dépend pas d'u1,e grève, d'un chômage plus ou moins prolongé. La baisse des salaires a pour cause directe, comme toujours, la baisse du prix clevente, et la baisse du prix de vente a été vrovoquée par la surproduction des bassins français, et aussi, ce qui complique singulièrement la question, par la surproduction des bassins t::trangers. Cette surproduction est telle qu'une greve d'un mois, de deux mois, fùt-elle générale dans toutes les houillères du Nord et du Pas-de-Calais, n'aurait qu'une influence momentanée sur les cours,et qu'au lendemain de la reprise du travail, la baisse recommencerait à se produire insensiblement mais d'une façon continue, si les houillères revenaient à leur système d'extraction à outrance et de concurrence acharnée qu'elles pratiquent aveuglément depuis deux ans. Aussi la question se pose non pas devant le syndicat des ouvriers mineurs, qui ne peut rien sur les prix de vente, qui ne peut exercer son influenee sur l'importance de la production que par les dangereux à-coups de la grève, elle se pose devant les compagnies elles-même. Chacune des Compagnies françaises prise isolément ne manque pas de reconnaître la nécessité de proportionner la production aux besoins de la consommation, mais en même temps elle invoque les nécessités de la concurrence. li faut en effet, pour ·ne pas se laisser écraser par la Compagnie voisine, qui aurait bientôt fait de lui enlever sa clientèle, vendre au ])lus bas pl"i,x, et pour cela réduire le prix de revient au minimum. Dans ce prix de

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