La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

36 LA REVUE SOCIALISTE syndicat, c'est la publication par la Pfli/e République du fameux rapport de M. le Procureur général Chenest qui en est la cause. Du côté du Gouvernement, les intentions étaient donc claires; il n'y a pas à chercher plus longtemps. Mais, les Compagnies, à quels mobiles, à quels intérêts ont-elles obéi? Peut-ètre so11t-ils de plusieurs sortes, et il y a lieu de les apprécier tous, si l'on yeut se rendre compte des origines de la grève. Certes les Compagnies houillères, pour des raisons différentes, étaient tout autant que M. Dupuy désireuses de voir disparaître le syndicat. Nous avons suffisamment indiqué précédemment les services de toute nature rendus aux mineurs par l'association ouvrière pour n'avoir p::ts à exposer longuement les griefs des directeurs de charbonnages contre elle. Non seulement le syndicat en 1889 et en 1891 avait obligé les Compagnies à traiter avec leurs ouvriers, mais encore il aYait créé depuis, dans le bassin houiller, une ptiissance respectable avec laquelle il faut bien compter. Les gros personnages de la mine aiment à faire montre de leur autorité. Or, depuis quatre ans ils ont dû s'imposer des sacrifices d'amour-propre dont ils ont au cœur les plaies saignantes. Ils ont gardé le souvenir de leur voyage à Arras en 1891 et de la capitulation qu'ils ont dù signer à la préfecture. Mais il est autre chose qu'ils ont moins pardonné encore : c'est l'élection de Basly à la Chambre des députés, puis celle de Lamendin, c'est l'in0uence considérable prise, depuis deux ans, dans toutes les communes du bassin houiller par les délégués des sections syndicales. On se demande en haut lieu, ce qu'il adviendra des élections municipales prochaines et on n'est pas éloigné de penser, si les forces ouvrières restent unies que, les conseils municipaux, mème ceux des grands centres, comme Lens, Bnrny, Hénin-Liétard, Billy, Montigny. Courrières, Harues, Bully-Grenay, etc., seront tout entiers aux mains des mineurs. Jusqu'ici les Compagnies ont toujours été maîtresses de ces conseils, et il leur en coûterait plus qu'on ne peut croire, de voir disparaitre des prérogatives auxquelles elles sont attachées par-dessus tout parce qu'elles sont pour ainsi dire la marque de leur pouvoir. Ce qui tient uni le faisceau des forces ouvrières, ce qui est une garantie d'indépendance pour le prolétariat de la mine, c'est le Syndicat. Il est donc naturel que les directions minières aient escompté sa disparition et qu'elles n'aient pas hésité, pour en ar_ river là, à fomenter une grève, malgré les pertes considérables qui pouvaient en résulter pour elles. Peut-ètre y a-t-il eu une autre raison à leur attitude. On a dit que les Compagnies avaient un intérêt commercial à la grève. Il est difficile à ceux qui ne sont pas dans le secret de nos producteurs de houille de se faire une opinion raisonnée et sérieuse en pareille matière. Nous ne pouvons répéter ici que ce qui est venu à notre connaissance en laissant au lecteur le soin de tirer des faits les conclusions qu'ils corn-

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