La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

420 LA REVUESOCIALISTE tion des vins blancs doux. Ce qui fait la gravité du mal, c'est qu'on ne s'arrête pas, dans la fraude, à ce type neutre de vin blanc additionné d'eau et de sucre; on vise beaucoup plus loin. Ce ne sera plus seulement ce vulgaire macadam que l'on fabrique actuellement et que l'on continuera à fabriquer, on s'adressera à la clientèle en général et on lui dira : voulez -vous du Cérons, nous vous en fournirons? ,<M. JouRDE. - Et on bâtira des palais avec les bénéfices qu'on réalisera! « M. SuRCHAMP-. Voulez-vous du Barsac? Avec les moyens qui sont à notre disposition, avec la tisane concentrée dite sève dont nous disposons, nous pourrons vous donner même du Château-Yquem. (Excla111atio11s.) " M. JouRDE. - lei je vous approuve. Vous avez absolument raison. » On ne peut s'empêcher de regretter que personne, à la Chambre, n'ait jugé à propos de faire ressortir la pourriture morale qui se dégage de tous les trafics relatifs à la vinification. Les intérêts égoïstes des empoisonneurs et des carrottiers de haute marque se renvoyaient la balle pour faire rejeter les uns sur les autres les responsabilités de la crise viticole. Peut-être eüt-il été habile d'en prendre acte, autrement que par un dédaigneux silence. La crainte des éclaboussures a fait tenir les socialistes à l'écart de toute cette boue. La délicatesse de leurs mobiles n'a-t-elle pas été excessive? Où trouver quelque chose de plus topique, pour se faire une juste idée de la corruption et de la vénalité de la société actuelle prise dans son ensemble, que la délivrance de 1557 acquits fictifs dans la simple recette buraliste du canton de Sainte-Foy-la-Grande - pays bien nommé - pour régulariser la fraude de tout autant de barriques sur l'authenticité d'origine 1 En regard de ces certificats d'authenticité d'origine délivrés par la régie, il faut vite placer les certificats délivrés par les maires. Il en a été lu plusieurs à la tribune; voici le plus court : ,< Nous, soussigné, maire de la commune de Caplong, canton de Sainet-Foy (Gironde), « Certifions que les nommés : Thénaud, Alexandre, Nauze, Laforêt, Castagnet, Lassus, Bernard, Petit, Vincent, figurant comme propriétaires de ma commune sur le tableau d'acquits-à-caution de la régie des Lèves, n'ont jamais habité la commune de Caplong. « En foi de quoi, etc. « Mairie de Caplong, le 11 décembre 1892. « Le maire, « Signé : S.-J. GouRD. " - C'est scandaleux! s'est écrié M, Salis. - Ils devraient être au fort du Hâ ! a repris M. Jourde.

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