La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE lateur et du gouvernement, tant que l'on ne voudra pas porter atteinte aux abus de la propriété individuelle. Après avoir dénoncé les pratiques du mouillage qui Yéhiculent les maladies infectieuses, M. Emile Brousse s'est élevé contre les privilèges des bouilleurs de cru. Il a fait connaitre que les commerçants recherchaient les vins prétendus défectueux, pour s'installer chez les propriétaires et remonter des vins jusqu"à 15°9. ,<Parce procédé, a-t-il dit, ils hitent le payement des droits d'entrée et d'octroi dans les grandes villes». Est-ce que le trafic frauduleux de l'alcool n'est pas, au su de tout le monde, le péché mignon de tous ceux qui croient pouvoir impunément le faire? Q!.1oide plus édifiant que le tableau fait par M. Salis de ces habitudes invétérées de fraude, aussi bien chez les négociants en vins que cheï les propriétaires de vignobles. Sous le régime individualist~. les plus intelligents dans la lutte pour la Yie ne sont-ils pas fatalement les plus voleurs? ,, Dans une année comme celle que nous Yenons de traverser, a dit M. Salis, année de sécheresse et de chaleur où les fruits qui produisent de l'akool ont été très abondants, il n'est pas un propriétaire pas un paysan, pas un agriculteur qui n'ait e1n-oyé ses fruits à l'alambic. qui ne les ait soumis à la distillation, qui n'ait produit une quantité con:,,idérablc d'alcool qu·i1 détient encore aujourd'hui et dont il espère. se ddaire sans payer les droits, c'est-à-dire en fraude. " Et si \'0us prcnia la peine de parcourir toutes les régions de la France, au!:.si bien l'Ouest que l'Est, le Centre que le Midi, les routes où sont échelonnées les fermes et si vous pouviez entr'ouvrir la porte qui, au moment où je parle, est fermée, \'OUS ,·erriez un spectacle fort instructif. Vous verriez dans la cour un cheYal bridé, une charrette chargée d'alcool, prete à partir, attendant tout simplement que les employés du fisc aient disparu, que la surveillance se soit ralentie, pour s'échapper à fond de train et porter au dehors l'alcool vendu en fraude des droits de l'Etat. n Q!.ie l'imagination méridionale de M. Salis ait embelli le tableau, et qu'il soit n~œssairc d..-:r..-:courir à la mise au point pour avoir l'exacte ,·érité, ce n'est pas douteux. Mais le fond du récit est l'image fidèle de cc qui se passe partout. Les producteurs agricoles et les commerçants qui s~ ,·oient incapables de falsifier et de frauder regardent d'un œil d'em ie les prouesses honteuses qui ,·aient aux autres la considération générale. li est pami;; de frauder, et cela Yaut la gloire; il est moralement défendu de se laisser prendre. Et si l'on parlait Je ne 1x1s maintenir un pareil état de choses qui pcrpdue le drt,it au \'Ol. de touks parts s"éli:\'eraient les défenseurs du droit inhérent a la propriaé '.

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