LA REVUE SOCIALISTE suppression des octrois qui puisse réaliser une amélioration sérieuse. La suppression des octrois est demandée par le socialisme. La suppression du privilège des bouilleurs de crù avec l'idée de constituer un nouveau monopole d'Etat pour la vente des alcools rectifiés serait une autre amélioration approuvée par tous les socialistes sincères. Il y a lieu de craindre que les autres projets d'excellente intention ne puissent pas modifier les habitudes de fraude et de falsification qui sont l'essence vitale du régime individualiste. On n'exagère pas en faisant des constatations de ce genre. La Chambre elle-même s'est chargée de dissiper les doutes sur la loyauté et l'honnêteté de la fabrication et du commerce des vins. Rappelons les faits édifiants qui ont été portés à la tribune pour dévoiler les turpitudes de ce qui s'appe!le la liberté commerciale, Sur la question des entrepôts spéciaux, M. Adolphe Turrel i fait ressortir les complaisances de l'administration des douanes pour les commerçants de Bordeaux et de Cette qui font entrer illégalement dans leurs chais des vins espagnols sans acquitter les droits. M. Je comte du Périer de Larsan a démontré clair comme Je jour que les négociants, de leur propre aveu, aYaient demandé la création de ces entrepôts spéciaux pour avoir « le moyen de ne plus payer de droit de douane>'. Cela n'a pas empêché les ministres et les commissaires du gouvernement de proclamer la légalité parfaite des tripatouillages frauduleux qui s'opèrent sous prétexte de coupage des vins de cargaison. Sur la question du mouillage des vins, les pratiques frauduleuses sont tellement usuelles que l'on a dédaigné d'opposer une dénégation hypocrite. Le même M. Turrel qui, en sa qualité d'élu préfedoral, est tenu de donner l'exemple de la soumission aux volontés ministérielles, s'est amusé quand même à rappeler le cynisme des mouilleurs, dont Je gouvernement sauvegardera les droits à la tromperie du public. Cela ne tire pas à conséquence. Les coups de théâtre au Parlement sont réglés avec plus de soins que les péripéties de la lutte à main plate dans les baraques de foire. On sait que le ministre de la justice a déposé un projet de loi ayant pour but d'assimiler l'addition c'~ l'eau dans le vin à la fraude sur la marchandise vendue. Avec un courage qui les honore, a dit M. Turrel, les marchands de vins ont tous eu la précaution d'afficher dans leurs boutiques : « Ici, tout le vin qu·on vend au-dessous de I franc est mouillé. » L'affiche ajoute que le vin est mouillé chez le producteur. A quel moment et en quel lieu s'accomplit l'honnête opération du mouillage? C'est ce que les consommateurs ignoreront toujours. Le Bulletin des marcbands de vins de Paris donnait, il y a quelques semaines, à ses abonnés le ccnseil suivant, dont la franchise est héroïque :
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