La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA CRISE VITICOLE DEVANT LE PARLEMENT cation des vins naturels par l'addition d'eau, d'alcool ou de vms artificiels; 2° Une proposition de loi ayant pour but de réprimer les abus dans la production familiale des vins de raisins secs; 3° Une propo.sition de loi ayant pour but de réprimer le trafic des acquits fictifs. Mais l'unanimité parlementaire obtenue en faveur des vœux platoniques de l'ordre du jour de M. Turrel n'accompagna certes pas les projets déposés par M. Brousse. Il y a lieu de croire que les mèmes députés qui votèrent des deux mains les vœux pour la répression des fraudes en général, se chargeront de « faire un sort » à des propositions qui ont l'audace de déterminer un cas particulier. Les viticulteurs du Midi seront bien déçus s'ils comptent sur les effets de lois qui, tout le fait présumer, ne seront votées ni à la Chambre, ni au Sénat. Si, par aventure, ces lois pouvaient franchir la passe balisée d'écueils où elles attendent le naufrage, elles ne recevraient jamais d'application. Ces lois ne seront pas votées, parce que le reg1me capitaliste entretient des rivalités féroces entre les régions différentes d'une mème nation. L'intérèt des viticulteurs du Midi n'est pas semblable à celui des viticulteurs du centre et de l'est. On ne peut pas voter une mesure en .faveur de ceux-ci sans porter préjudice à ceux-là. Les intérêts des cités d'échanges maritimes comme Cette ou Bordeaux n'ont rien de commun avec les intérêts des campagnes viticoles qui les entourent. Lorsque la Chambre a discuté le projet de tarifs réduits à 28 francs la tonne pour le transport des vins des gares du Midi à Paris, n'a-t-on pas vu avec quelle passion les défenseurs de la viticulture de Bourgogne se sont élevés contre ce qu'ils ont appelé une inégalité révoltante de traitement? • Tant sue le capital ne sera pas à la merci du travail, c'est-à-dire entre les mains du producteur ; tant que, sous prétexte de libre concurrence, la guerre économique durera, pour se partager, entre gens qui ne produisent rien, propriétaires ou intermédiaires, le bénéfice du travail produit, il n'y aura pas d'entente possible entre les intérèts régionaux que la nature rend divergents. Est-il bien nécessaire de faire remarquer, en passant, que le gou- \'ernement ne s'est pas préoccupé du tout des besoins de la pauvre viticulture du Midi, en se concertant avec les grandes Compagnies de chemins de fer pour abaisser le prix du transport des vins à destination de Bercy? Le gouvernement ne cherche qu'à faciliter au profit des plus riches et des plus puissants, les moyens de faire la concurrence aux transports par ·eau. Les discussions qui ont eu lieu devant le Parlement ont démontré, du reste, point par point, l'exactitude de toutes nos

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