412 LA RE VIJ t SOCIALISTE Si l'un d'eux y pensait, il en a bien gardé le secret. Ne serait-ce pas, en effet, dénaturer de la façon la plus perfide le sens de la revendication faite à la tribune par un député, en lui prêtant l'intention d'avoir voulu agiter la question sociale? Ce député du Midi a tenu, il est vrai, un langage de sens ambigu, si l'on y découpait une phrase de son discours. « Nous avons presque abandonné la culture à la main, a-t-il dit, et nous nous bornons, n'ayant plus de fonds disponibles, à entretenir nos vignobles tant bien que mal par de simples labours. Les bras restent presque partout inoccupés. La détresse est donc considérable. Le travailleur ne peut plus apporter chez lui le pain quotidien; il n'a plus de crédit chez le boulanger; c'est la misère noire. « 1·oilàla question socialequi se dressedevant nous!» Le compte rendu de la séance de la Chambre marque à ce moment les sténographiques« mouvements divers» qui sont la parure des bons morceaux d'éloquence. Mais le spectre du socialisme n'avait même pas été évoqué; l'orateur le fit rentrer instantanément dans sa boite, puisqu'il ajouta tout de suite, après les mots compromettants de « question sociale» : « Il faut la résoudre avec résolution, d'un commun accord entre la viticulture, qui est à deux doigts de sa perte, et Je gouvernement, qui a pour mission de défendre l'intérêt public. » Les hommes qui, sur les bancs du centre, avaient reçu une commotion cérébrale à l'audition de paroles tonitruantes, furent, on le voit, vite rassérénés. Une question sociale à résoudre à l'amiable entre la viticulture aux bras inoccupés, et le gouvernement ayant sur les bras le lourd fardeau des bénédictions du Saint-Père, cela ne saurait être bien méchant. Dans les débats parlementaires, personne n'a donc voulu manifester une idée socialiste. Comme un tas d'autres qui se trouvent en coquetterie réglée avec le socialisme d'affiche, à la veille des scrutins, le député qui a laissé échapper les mots fatidiques de « question sociale» est convaincu que le gouvernement, quelle que soit la sénilité de son esprit nouveau, peut seul accorder toutes les petites consolations qu'il est permis de souhaiter aux malheureux viticulteurs du Midi. Il est fort possible que ce sentiment émane d'une compréhension exacte des difücultés inextricables de la situation. Sans l'appui du gouvernement, pourrait-on faire aboutir les propositions de loi déposées comme conséquences pratiques des formules vagues de l'ordre du jour rédigé par M. Turrel? M. Emile Brousse a déposé, en effet, sur le bureau de la Chambre : 1 ° Une proposition de·loi ayant pour but de réprimer la sophisti-
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