LA GRÈVE DES. MINEURS 35 tral par son préfet, qui avait accepté devant ·les ouvriers, la responsabilité de l'arrangement conclu par les deux parties ne devait-il pas considérer comme un devoir de faire respecter les conventions établies et d'obtenir des Compagnies la preuve qu'elles étaient véritablement respectées ? Le gouvernement s'isola dans une indifférence difficile à expliquer. Quant aux Compagnies, elles s'en tinrent à leur fin de non-recevoir et manifestèrent nettement leur intention de ne pas engager de pourparlers. C'était donc bien ta grève que l'on voulait et, sur ce point, gouvernement et Compagnie étaient d'accord. On ne ferait rien pour empêcher le conflit, pour tenter de régler le différend à l'amiable. On acculerait les ouvriers au ·chômage, on les obligerait à une capitulation honteuse ou à une bataille qu'on savait d'avance devoir tourner à leur détriment. Voilà le fait dans toute sa crudité. Quel intérêt le gouvernement avait-il pour agir comme il l'a fait? Quels profits les Compagnies espéraient-elles retirer de la bagarre ? *** En ce qui conœrne le Gouvernement, il n'est pas difficile de trouver les raisons qui l'ont déterminé. M. Dupuy. président du conseil des ministres, venait de déclarer la guerre aux syndicats ouniers et d'inaugurer la politique de réaction sur laquelle il comptait pour se maintenir au pouvoir et attirer dans sa majorité les éléments de droite qui lui paraissaient indispensables pour mener à bien sa campagne contre les socialistes et les quelques radicaux indépendants que compte encore la Chambre. La haute bourgeoisie capitaliste lui avait fait honneur et lui tenait grand compte de son attentat contre la Bourse du Travail de Paris. La grève des mineurs n'allait-elle pas lui fournir, de nouveau. l'occasion de sauver la Société et de frapper un coup au milieu des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais si disposés à faire accueil aux doctrines socialistes, en dissolvant par la force le syndicat des bouilleurs, le mieux organisé peut-ètre et le plus puissant des syndicats de France? Au point de vue réactionnaire, l'opération promettait d'ètre excellente. D'un autre côté, le syndicat dissous, c'était Basly et Lamendin condamnés à disparaître de la Chambre, c'était l'émancipation ouvrière . enrayée pour longtemps dans nos départements, l'omnipotence patronale restaurée, les républicains) modérés redevenant à bref délai les maîtres dans toutes les communes dn bassin houiller. Un homme comme M. Dupuy ne pouvait laisser échapper une pareille aubaine sans en tirer tout le profit possible au point de vue de sa politique. Dès le premier jour de la grève il se fit donc le complice des Compagnies, il se rangea cyniquement sous leur bannière et mit à leur disposition et les soldats et les juges et les fonctionnaires de la République. Si M. Dupuy n'est pas allé jusqu'au bout de son projet, s'il n'a pas dissous le
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