410 LA REVUE SOCIALISTE Il ne faut pas s'étonner de ce piétinement sur place. Nul n'est sù1du chemin qu'il doit prendre. Jusqu'au dernier moment, les députés qui représentent le mème grotipe régional de viticulteurs ne savaient pas eux-mèm~s se mettre d'accord pour formuler avec netteté les revendications de leurs commettants. Dans la séance du jeudi 8 mars, la Chambre avait déjà voté les deux premiers paragraphes de l'ordre du jour déposé par M. Turrel, député de l'Aude, lorsque M. Brousse, député des Pyrénées-Orientales, substitua un texte nouveau au troisième paragraphe. Cela n'avait pas d'importance, d'ailleurs. Pour se donner l'illusion d'avoir fait quelque chose après avoir péroré pendant trois jours, et surtout pour offrir aux électeurs l'apparence d'une: promesse de satisfaction prochaine, les députés ont dù se borner à l'émission sentimentale de vœux philanthropiques. Si cela fait rarement du bien, ça ne fait jamais de mal. On acquiert l'expérience de ces brillants exercices de paroles non suivies d'effets, dans les délibérations des conseils généraux et des conseils d'arrondissement. On ne serait pas arrivé à dégager une majorité parlementaire si l'un des conférenciers qui ont défilé devant le marbre de la tribune avait commis l'imprudence de demander l'adoption de conclusions sérieusement concluantes. Voici les résolutions votées par la Chambre : « La Chambre invite le gouvernement à lui proposer « L'allègement des impôts et des taxes qui pèsent sur les vins; ,<La répression énergique des fraudes dans le commerce de ce produit; « La répression des sophistications qui résultent de l'addition d'eau, d'alcool ou de produits artificiels; « Elle l'invite en outre à prendre des mesures en faveur de l'exportation et de la vinification. » Quelle signification faut-il accorder à cette brochette de paragraphes de physionomie si rébarbative en apparence, et de tempérament si lénitif au fond? Y a-t-il le moindre atome de volonté législative dans ce verbiage volatilisé avant mème d'avoir été réduit en écriture morte sur un papier officiel ? Et M. Jourde, l'intarrissable interrupteur qui a défendu avec acharnement les immunités commerciales de Bordeaux, n'avait-il pas le droit de se réjouir de cet ordre du jour extraordinaire? Comme toutes les mains s'étaient levées pour reconnaître qu'il serait désirable d'alléger les impôts ou de réprimer les fraudes, le député des négociants en vins notait d'un air aimable : - Adopté à l'unanimité! - A l'unanimité! reprenait M. Prud'homme, dissimulé sous les. bancs de la gauche.
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