La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

34 LA REVUE SOCIALISTE par les sections syndicales. Mais elles se bornent à répondre qu'elles n'ont rien changé à leur façon de faire, qu'elles continuent à respecter les clauses du contrat d'arbitrage d'Arras. C'est alors que se pose pour la premiere fois, à Bruay, la question d'un double du carnet de paye à produire, chaque quinzaine, par la Compagnie, et à remettre au syndicat à titre de moyen de controle. Les ouvriers estiment en effet que cette pièce de comptabilité leur permettra d'établir, chaque quinzaine, la moyenne exacte des salaires et de s'assurer que la répartition du travail est faite dans les conditions d'équité promises à Arras, par les employeurs. Il est utile de constater que la revendication relative au double carnet de paye a été formulée, _pour la première fois, au mois de novembre 1892. Cette simple constatation répond d'une façon suffisante aux assertions de M. Jonnart, ministre des travaux publics, venant déclarer à la tribune de la Chambre, que la grève n'a pu se recommander d'aucune raison sérieuse et que les réclamations présentées par le syndicat ont été inventées de toutes pièces par le congrès des délégués afin de leurrer les ouvriers et de les engager, malgré eux, dans un conflit que rien ne pouvait justifier. Les choses restent en l'état jusqu'au mois d'août 1893. La situation n'en est pas moins très tendue et si la grève n'éclate pas, c'est que les mineurs se rendent compte qu'il y a pour eux un intérêt majeur à laisser passer les élections avant d'en venir aux prises avec les compagnies. Les élections ont lieu, Basly et Lamendin sont élus au premier tour de scrutin, à des majorités énormes. Néanmoins, les sections syndicales ne s'étaient pas désintéressées un seul instant du différend qui s'était élevé entre les ouvriers et les Compagnies dès le commencement de l'année 1893. Pendant les mois de juillet et d'août des démarches avaient été faites auprès de t0us les directeurs pour les entretenir de la question des salaires et réclamer l'établissement du double carnet de paye. La réponse des Compagnies avait été la même partout : c,Nous tenons nos engagements, notrn parole doit vous suffire, nous n'avons pas à entrer en discussion avec le syndicat>'. Or, comment sortir de cette impasse? D'un coté les mineurs affirment qu'ils n'arrivent plus à gagner la journée promise en 1891. sans faire cles heures sitpJJlémentaires ; de l'autre les Compagnies déclarent qu'elles n'ont pas touché aux salaires. Le carnet de paye offrait un moyen de faire la lumière. Les Compagnies refusent de le donner. Et cependant, puisqu'elles avaient pris, deux ans auparavant, des engagements vis-à-vis du syndicat, ne devaient-elles pas à ce même syndicat la preuve matérielle que ces engagements étaient tenus ? D'un autre coté, le gouvernement qui était intervenu officiellement dans l'arbitrage d'Arras, qui avait fait présider les séances du Co!1seilarbi-

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