LA REVUE SOCIALISTE Considérez ce qui se pàsse au-delà de la Manche, au-delà de l'Atlantique : le prolétariat,qui jusqu'ici y était resté réfractaire à l'idée socialiste, se cantonnant dans la lutte du vieux Trade-unionisme et des]Chevaliers du travail, fait volte-face et adhère à la lutte des classes sur le terrain économique et, ce qui est plus important, sur le terrain politique ( 1). Or, les phénomènes intellectuels sociaux, ne sont que le reflet mathématiquement précis des phénomènes économiques. La cause, donc, quelle est elle ? L'intensité des phénomènes économiques accompagnant la déchéance historique du régime manchestérien. - Je vous montrais tantôt comment le libre échange international avait pour résultat d'armer pour la lutte tous les peuples, tous les continents, comment il aboutissait à l'expulsion de nos pays Européens hors des territoires étrangers. Précisément, la crise qui sévit actuellement. frappe le plus cruellement le;; deux pays qui jusqu'ici avaient échappé aux fléaux du capitalisme ; je veux parler des Etats-Unis et de l'Angleterre. Nos nations européennes étaient depuis longtemps terrassées par le bourgeoisisme ; nous y connaissions les crises pléthoriques, les ch6mages, les salaires de famine, la charité - cette fleur d'oranger de la bourgeoisie, - l'émigration. Mais les deux puissants Etats que nous avons nommé tant0t, avaient dû à leurs conditions privilégiées de résister jusqu'à présent à l'investissement de leur territoire par l'armée des fléaux qu'engendre le capitalisme. Richesse inépuisable de leu~ sol, de ( 1) Inutile de rappeler ici - parce qu'elle est trop connue - l'entrée en lice du Labour Party anglais. Le spectacle du changement dans l'état des choses aux EtatsUnis est tout aussi réconfortant. - Powderly, l'incarnation du doctrinarisme ouvrier, est tombé du pouvoir le 27 novembre de l'année dernière. Sovereign lui a succedé comme grand maître de !'Ordre des Chevaliers du Travail. Dans sa profession de foi, il a déclaré : 11... je suis de mème socialiste, comme tous les Chevaliers du Travail qui comprennent nos principes doivent fatalement le devenir. Nous sommes engagés dans une grande lutte, dit-il dans son adresse : d'un côté, les monopoles organisés, qui veulent faire de chaque ouvrier un esclave, et de l'autre, les travailleurs organisés qui, des esclaves, veulent faire des hommes; c'est une lutte entre la puissance de l'argent et les forces physiques et intellectuelles du prol~tariat, entre les Syndicats capitalistes coalisés et l'humanité opprimée. La richesse paraît assumer des formes monarchiques i la petite industrie est en train de disparaître; la grande industrie, exercée surtout par les Compagnies gigantesques, l'absorbe et la détruit. Il faut que les prolétaires se réunissent en vue de la lutte suprême, qui doit les affranchir du joug qui pèse sur eux. Plus loin : << Il faut que les Chevaliers du Travail réalisent leurs principes par le bulletin de vote, en n'élisant que des salariés ou des partisans déclarés de nos revendications. » A coté des Chevaliers du Travail, signalons The American Federation of Labor; son dernier congrès de Chicago (décembre) représentait 8.50,000 travailleurs. - Il y • en troisieme lieu le Parti du Peuple, dont tous les leaders sont socialistes. Ajoutons encore qu'un rapprochement se produit entre les deux premières organisations. Sovercign a adressé à Gompers, le président de la Fédération du Travail, une lettre l'invitant a faire nommer trois délégués pour s'entendre au sujet de la situation economique du prolétariat des Etats-Unis. C'est le branle-bas qui s'annonce.
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