LA GRÈVE DES MINEURS 33 erreur voulue. Le syndicat ne s'est jannis préoccupé activement que de questions d'intérêt corporatif. Mais il n'est pas douteux qu'il ait contribué, indirectement, à animer les ouvriers d'un esprit nouveau et à éveiller leur attention aux choses de la politique auxquelles ils étaient demeurés indifférents jusqu'en 1889. <21.iese passe-t-il à la fin. de 1892? Dès les derniers mois de l'année, c!es bruits de grève commencent à courir partout dans le pays. Les personnes les moins renseignées, celles qui ne vivent pas au milieu des ouvriers, mais qui ont affaire avec les Compagnies houillères s'inquiètent de ce qui va arriver. Elles interrogent non sans anxiété ceux de leurs amis qui approchent les mineurs. Et cependant, il ne semble pas que ceux-ci soient disposés à chômer. La grève, à coup sûr n'est pas à l'ordre du jour au syndicat. Mais on explique que les Compagnies qui ont dissous leur comité des houillères ne seraient pas füchées de prendre leur revanche de leur échec de 1891, qu'elles voient en outre un grand intérêt à ce que Lamendin et Basly ne soient pas réélus députés en 1893, que le meilleur moyen de compromettre leur réélection serait peut-être de provoquer une grève et de prendre toutes les mesures nécessaires, quelques sacrifices qu'il puisse en coùter, pour la faire aboutir à une défaite ouvrière. Une grève défavorable aux mineurs, ne serait-ce pas la popularité de Basly et Lamendin perdue, leur situation électorale compromise, et, après un échec escompté aux élections, le syndicat décapité et sa dislocation à bref délai? Nous nous faisons purement et simplement l'écho de bruits qui sont venus jusqu'a nous. Nous racontons, nous n'affirmons rien. Nous avons promis de faire l'histoire complète de la grève de 1893; nous ne voulons laisser aucun point dans l'ombre. Les compagnies houillères ont-elles eu les intentions qu'on leur a prêtées? JI nous serait difficile de le dire. Mais ce que nous pouvons affirmer c'est que, a partir du mois de novembre 1892, les mineurs commencèrent a se plaindre d'une diminution des salaires. A Bruay d'abord, puis successivement dans les ·autres Compagnies - les concessions de Dourges et de Carvin exceptées - des réunions d'ouvriers furent tenues dans les sections syndicales. et des délégations nommées pour aller présent~r aux directeurs les doléances des mineurs. Ceux-ci affirment que les engagements pris au Conseil d'arbitrage d'Arras par les représentants des Compagnies, ne sont plus tenus en ce qui concerne le taux moyen des salaires et l'équitable répartition du travail. Pendant les six premiers mois de l'année 1893 les plaintes deviennent de plus en plus nombreuses; bientôt une certaine agitation se manifeste dans toute l'étendue du bassin houiller; elle finit par gagner les concessions de l'Escarpelle et d' Aniche, dans le nord, où la situation, paraît-il, est la même. Les Compagnies reçoivent les délégations qui leur sont envoyées 3
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