La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE La Pallas des Peuples, par J. DE STRADA. La mère de Beauté, la superbe prêtresse, Se lève de ses flots! - A genoux, c· est la Grèee ! En épigraphe de son nouveau livre, Strada écrit cette phrase: « La Raison ne suffit pas plus que la foi pour ordonner la liberté et le progrès. Il y faut la Méthode, science faite et par là donnant à l'.:sprit une base impersonnelle.» Ceux qui ont eu le courage de lire l'étude consacrée à Strada par la Revue socialiste connaissent une bonne partie de l'œuvre de ce penseur. Je m'étais attaché à faire saillir en pleine lumière - et nul cadre n'était plus propice que la Revue pour cela - le peintre puissant, le poète exquis, le psychologue profond, le penseur génial qu'est Strada. J'ai eu la joie douce - pour un nouveau venu tel que moi - de voir des cœurs répondre à mon cœur; et mon enthousiasme, qu'on a dit exagéré, a trouvé des échos. Je n'ai, certes! pas découvert Strada; non; mais j'ai la conscience d'avoir creusé son œuvre et, dans la mesure de ce qui m'était possible, montré le rôle profondément humain de tout ce qu'il a écrit. Après jésus, où il est établi, avec une remarquable force de déduction, que le fondateur du Christianisme a laissé de nombreuses pages fermées au livre de la Vie; oü il est prouvé que cette religion que l'on nous montre comme révélée sort, directement, des religions antérieures - ~ont plusieurs (deux au moins) sont plus profondes et plus pures;- où les lacunes de l'enseignement du Christ sont désignées avec une connaissance et une droiture inflexible des lois naturelles; oi1 l'essence même de la Messianité est mise à jour, Strada nous donne aujourd'hui la Pallas des Peuples. Le titre du livre dit assez ce qu'il sera; c'est l'histoire de l:.t Grèce, mais l'histoire vue sous un angle spécial et avec la force synthétique et exhaussante qui est la caractéristique deStrada. Nous ne trouverons pas cette aridité inhérente aux livres d'histoire-quel que soit, d'ailleurs, le talent de l'historien. Ici, tout est large et vu de très haut. Le mouvement des races en travail, la grandeur des Genèses et la profondeur des horizons troubles des Origines, la marche ascendante, mais toujours hésitante et lente, de la civilisation, les sursauts et les chutes brusques de la transmission des forces actives des peuples, tout cela passe, vertigineusement, dans le kaléidoscope des strophes chantantes et lumineuses comme le beau ciel de !'Hellade ... Lïdée générale de la Pallas des Peuplc:s, écrit Jean-Paul Clarens ( 1), un critique intuitif doublé d'un prestigieux artiste littéraire, est celle-ci: « La « Grèce est, tout simplement, une réapparition de l'esprit aryen, qui, après « une longue éclipse dans la nuit des bestialités assyriennes, si effroyablement << décrites dans Sardanapale (2), renaît, dans ce pays fait d'azur translucide, « de puretés idéales, de beautés sans pareilles. » On ne saurait mieux dire, ni plus exactement. Et, de main de maître, Strada nous retrace les étapes du Peuple-Roi vers la lumière et la liberté; nous le suivons, franchissant pas à pas la longueur du ( 1) Stra.ia, 1 volume, chez Paul OllcndorfC (2) Sardanapale, 1volume, par J. de Strada.

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