REVUE DES LIVRES .:hemin ardu et plein de cailloux tranchants qui, du premier chant d'Orphée .:onduit aux leçons de Socrate; nous écoutons le .bégaiement des idées primitives; sous notre œil se dessinent les groupements des familles et des castes; nous voyons se fonder ln Commu:ie, la Cité, l'Etat. .. cette République dont rêvait Platon, si belle, si féconde - oü l'on ne tenait aucun compte de celui qui produit, où !'-esclavage était chose naturelle, comme l'as~ervissement de la Femme; nous assistons à l'éclosion de toutes les idées, de toutes les écoles, de tous les sophismes dont le monde a vécu - et desquels il ne s'est pas débarrassé : Ecoles, Idées, Sophismes qui ont été la cause du long piétinement de l'Humanité, qui dura plus de vingt siècles et qu'on pourrait, non sans raison, me semble-t-il, rapprocher d'un de ces longs stades par lesquels passa !"Egypte. Car - et l'analogie des cas me parait irréfragable - si l'identité, la fixité des croyances causèrent l'immobilité profonde dans laquelle vécurent les. sujets de Pharaon, c'est de la pratique d'une philosophie identique, que provient la longue nuit dans laquelle !'Esprit humain haleta depuis la conquête et l'asservissement de la Grèce par les Romains. La fondation et l'établissement du Christianisme n'apportèrent ni changement ni amélioration dans la manière d'envisager les faits primordiaux, conducteurs de l'Humanité. Le paganisme, aussi bien œlui plus spirituel de la Grèce que celui plus naturiste de Rome, comme le christianisme, eurent une compn!hemion identique, dans le fond, des grandes lois de la nature; aux uns et à l'autre, la Méthode, rectrice souveraine, fit défaut. Le guide de l'Esprit étant le même, l:t résultante cle ses. rechen:hes ne pouvant être différente. Et c'est le manque de méthode, l'irrationalité du point de vue, qui produisirent la longue stagnation des idées philosophiques. !.es dieux des Grecs et des Romains sont les proches parents des dieux hindous et assyriens, comme de ceux de l'Egypte; le Jéhowah hébreu est le père quasi direct du Dieu chrétien; tout se soude et la déviation ne s'est produite que r.:cemment, à l'éclosion de la Pensée libre qui va droit son chemin, perdu depuis Socrate, dont l'immense cerveau devina ce que nous comprenons, pressentit ce que nous allons conquérir - ce qui sera notre gloire d'avoir fait notre : l'émancipation absolue de la Pensée devant l'autel de la Raison méthodique. Strada - ici comme dans tous ses livres - est le poète de génie déchaîné - suivant l'expression injuste d'Albert Jhouney dans Esolùism<' et Soci,1lis111<' -; ne cherchons point d:ins la Pallas d~s Pmpl<'S cc qu'on ne trouve nulle part dans l'œuvre du chantre de l'Epop,:,; h11111ai11<'. La mignardise, la poésie fade, cet arrangement subtil des mols dont sont si fiers nos poètes idohitres de la Forme, ne sont pas du tout le fait de celui qui burina les vers magiques et prestigieux de la fresque énorme intitulée : la Mélù des Races. Ici, la profo•1deur des vues est égalée par l::i largeur de l'exposition. Lisez cet avant-propos de drame, et vous me direz s'ils sont nombreux les poètes qui ont vu l::i vie de l'humanité avec autant de justesse, qui l'ont notée avec une ampkur aussi vaste, et fixée dans des vers plus vibrants, plus chatoyants, plus français - je dis plus adéquats au génie de notre langue. Suivez les développements du drame et vous me direz si la vie grecque, saisie dans Euripide et Sophocle, dans· Eschyle et Platon, dans Socrate, Xénophon et Aristophane, a trouvJ un plus profond voyant, un plus savant nota leur, un plus ému et plus
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