LA REVUE SOCIALISTE La grhe de 1891 prit fin le 30 novembre après le vote, en Congrès des délégués du syndicat, d'un ordre du jour ratifiant les conventions inte1<·enues, à Arras, entre les arbitres ouvriers et les représent,mts des Compagnies. Le lendemain, tous les mineurs se rendaient au travail, obéissant comme un seul homme à la décision du syndicat. Pendant un an, l'accord fut parfait. Toutes les clauses du contrat d'arbitrage étaient respectées, et l'association ouvrière mettait à profit la période de calme qu'elle traversait. pour se réorganiser, développer et pousser ses ramifications jusque dans les plus petites communes du bassin houiller. Le syndicat se disciplinait de plus en plus, entrait en quelque sorte dans les mœurs et dans les habitudes. Les ouvriers savaient gré à ses chefs des services qu'ils leur avaient rendus; ils commençaient à comprendre quels profits ils pourraient retirer de l'union de leurs forces et de leurs bonnes volontés et ils se ralliaient tous au drapeau, non pas dans une pensée de lutte et de bataille, mais préoccupés seulement d'étendre leur influence au point de vue corporatif, de sauvegarder leurs intérêts et de maintenir les avantages obtenus à la suite des grèves de 1889 et de 1891. Les Compagnies virent avec déplaisir cette prospérité croissante de l'association ouvrière. Elles se rendaient_ compte que, bientot, elles seraient obligées de s'incliner devant l'autorité désormais incontestée du syndicat et que les mineurs cesseraient d'être le troupeau d'esclaves sur lequel elles avaient toujours fait peser leur despotisme, jusque-là. Car le syndicat exerçait, une action bienfaisante sur les ouvriers : il secouait les intelligences et les mettait en éveil par sa propagande de tous les instants; il faisait naitre dans le cœur du prolétaire de la mise un besoin d'indépendance, de liberté que celui-ci n'avait jamais connu; il élevait le niveau intellectuel et moral du travailleur qu'il redressait et dont il faisait un citoyen en lui donnant la conscience de ses droits et de sa force. Ceux qui ont suivi attentivement les transformations qui se sont opérées depuis quatre ans au milieu de nos populations minières sont frappés du chemin parcouru. Les Compagnies, habituées pendant si longtemps à exercer un pouvoir absolu sur leurs ouvriers, à disposer d'eux, en toutes circonstances, comme de choses leur appartenant devaient en prendre ombrage. L'année 1892, fit éclater, par le fait, le degré d'émancipation auquel avait atteint le mineur. C'est Lamendin élu député, après Basly, battant haut la main ur. opportuniste actionnaire des mines. Ce sont les candidats ouvriers, entrant, au I cr mai dans un grand nombre de conseils municipaux pour y remplacer les agents des sociétcs minières. Ce sont les victimes des ingénieurs, les congédiés de la fosse, élus délégués-mineurs et chargés de controler en quelque sorte au nom de la loi, leurs anciens maîtres. On a dit que le syndicat avait fait surtout de la politique. C'est une
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