La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE tiques ardentes, voire indignees. S'il est vraisemblable que personne ne prendra contre lui la défense du « mariage tardif», qu'il vitupère avec une légitime véhémence, ou de l:t vie mondai ne. dont il perce à jour la sotte et pernicieuse vanité; s'il est certain que chacun applaudira à l'éloquence convaincue avec laquelle il fait justice des divers sophismes des paresseux; en revanche, ce n'est peut-être pas sans témérité qu'il s'est attaqué à certain autre sophislne qui est plus qu'un axiôme dans notre société, qui est un dogme, qui est toute la foi d'une foule de gens? c'est celui qui consiste à présenter l'amour comme la grande affaire de la vie, la seule pour laquelle celle-ci vaille la peine d'être vécue. li faut lire de quelle plume (trempée dans l'encrier de Carlysle) M. P. ridiculise et stigmatise les prophètes de cette colossale niaiserie, à commencer par les médecins .................................................. . Y. R Philosophie morale et politique, par J.-E. ALAux. Félix Alcan, éditeur. Qyand un professeur de l'Université publie un gros ouvrage qu'il intitule Tbilosopbie morale <!l politique, comment ne pas le lire? Dans les quatre cents pages qui sont sorties de l'encrier de M. J.-E. Alaux, et qui ont eu la précieuse fortune de se voir éditées par M. Félix Alcan, comment ne pas glaner quelques bonnes idées qui serviront à la nnurriture de notre esprit? Encore bien moins serait-on porté à en douter, en jetant les yeux sur la table des matières. Avec l'auteur, nous allons suivre les Va.ria fions de la. morale; grâce à lui, nous nous instruirons sur le Droit entre peuples, sur le Rôle de l'Etat daus les questions éco110111iq11es, ur la Libuté de la presse, sur la Coustit11tio11 de la République tra11çaisi, sur les conditions de la Vraie démocratie. Même cette question : Q.!.1'est-ceq11'1111lcittérature? sera désormais pour nous sans mystère. Hélas! M. Alaux nous a bien trompé. Qyoique professeur de philosophie, il n'en sait pas plus long en ces matières qu'un candidat au baccalauréat. Encore faut-il supposer - ce qui d'ailleurs est probable - que la philosophie enseignée clans nos écoles en est restée aux puérilités que vous débitaient, il y a un quart de siècle, les disciples de Cousin. Voulez-vous être édifié sur la quintescence du «bien», lisez ces mots profonds: « Dieu, créant les choses, les veut parce qu'elles sont bonnes, et elles sont bonnP-s parce qu'elles sont ce qu'elles doivent être, parce qu'elles sont ce que, en Dieu même, la raison propose à la volonté. Toutes les fins se rapportent à une fin suprême, Dieu. Tel est le bien en soi. » Si, après cela, vous êtes embarrassé pour distinguer le bien du mal, c'est que vous avez l'esprit bizarrement fait. Il ne suffit pas à l'auteur de nous avoir indiqué le chemin de la vertu; il veut encore nous encourager à le suivre. li reconnaît que la loi morale manque d'une sanction sur la terre. Mais la récompense n'est que retardée; « la vie pré,ente fait contracter à la Providence la dette d'une vie à venir. « Si sanction n'existe pas ici-bas, elle existe donc ailleurs. L'âme est donc immor

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