LA REVUE SOCIALISTE Traitant à fond la question de l'activité volontaire, M. P ... dégage avec netteté la cause du déterminisme psychologique de toute compromission avec les hypothèses métaphysiques du fatalisme et du libre arbitre, et justifie ainsi la dédicace qu'il fait de son livre à M. Ribot, comme« à l'homme d'initiative qui, le premier en France, a chassé la métaphysique de la psychologie. » Le terrain étant débarrassé de ces théories aussi fausses que décourageantes, l'auteur peut aborder l'examen des éléments de la volition, entreprendre l'inventaire des ressources susceptibles d'être mises en œuvre, établir en un mot la psychologie de la volonté en vue de son affranchissement. D'abord quel fond pouvons-nous faire sur l'intelligence? Ql1e vaut l'idée et qu'en pouvons-nous tirer? D'une part il est parfaitement clair que nous avons sur le cours de nos représentations, gràce à l'attention, un pouvoir presque sans limites; mais, d'autre part, il nous faut constater la radicale impuissance dont se trouve frappée l'idée dans la mêlée des penchants. Au contraire, c'est une véritable toute-puissance dont jouissent en nous nos états affectifs, tandis que notre pouvoir direct sur eux est insignifiant. Ainsi nous pouvons tout sur nos idées qui sont impuissantes, rien sur nos émotions qui ~ont toutes-puissantes: d'un côté comme de l'autre, notre bilan se chiffre par zéro. La position est-elle désespérée! Non, si nous faisons appel à un facteur d'une valeur incalculable et qui peut donner à l'intelligence la force efficace qu'elle ne possède pas par elle-même: ce facteur est le temps. Grâce à lui et, avec l'aide d'une tactique avisée, elle pourra suppléer, par des moyens détournés, à la puissance immédiate et directe qui lui fait défaut. Si elle n'a pas de prise directe sur le matériel organique essenltel des états affectifs, il n'en est pas de même sur leur matériel physiologique secondaire qui est tout musrnlaire. « La traduction extérieure du sentiment nous appartient, puisque nous sommes maîtres d'exécuter ou de ne pas exécuter les mouvements ,1u'il nous plait. 11y a entre le sentiment et sa traduction à l'extérieur une association constante. Or, c'est une loi générale en psychologie que lorsque deux éléments quelconw1es ont été fréquemment associés, l'un a une tendance à éveiller l'autre. » C'est en utilisant judicieusement le pouvoir d'association que l'intelligence va pou·,oir conquérir sinon la dictature, du moins la souveraineté constitutionnelle des penchants. Ainsi la grande loi de Hume et de Mill ne renferme pas seulement le secret de la vie psychologique, elle fournit encore l'ot:til universel de son gouvernement rationnel. La royauté de l'intelligence est donc possible par la forte liaison des idées et des actes. Par quels moyens peut-elle s'établir et s'exercer? Cette enquête forme un chapitre capital et très développé, où M. P. établit, tour à tour, b stratégie à suivre vis-à-vis des émotions favorables et vis-à-vis des émotions hostiles au libre gouvernement de soi, sans omettre certaines règles de tactique appropriées aux situations critiques pendant lesquelles gronde l'orage des passions.
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