REVUE DES LIVRES 377 L'ouvrage est divisé très logiquement en deux parties, l'une théorique, l'autre pratique, celle-là beaucoup pl us développée • que celle-ci. Peut-être même trouvera-t-on entre les 185 pages de la première et les 75 de la seconde une excessive disproportion, et quelq\1es-uns sans doute eussent préféré la proportion inverse_; mais la critique porterait à faux, si l'on tient compte de certaine note oü l'auteur donne son livre, non comme définitif, mais comme une première ébauche, qu'il compte garder encore de longues années sur le chantier afin de 1:t compléter. Il y a donc lieu d'espérer que la partie pratique s'énrichira progressivement, dans les éditions ultérieures, jusqu'à présenter un équilibre plus normal avec la partie théorique. Le but de l'ouvrage consistant à établir une véritable thérapeutique psychologique et morale, appropriée à une classe spéciale de maladies ou d'infirmités, la première chose à faire est de déterminer nettement le mal à combattre, d'en reconnaître les diverses formes et variétés, en un mot de constituer la pathologie d~ l':iboulie spéciale au travailleur intellectuel. C'est ainsi que l'auteur nous fait distinguer tour à tour l'atonie et l'éparpillement de 1 a volonté, l'horreur pour l'effort personnel et toutes ces formes subttles et si curieuses que sait prendre la paresse d'esprit jusque chez le savant, qui, aux yeux de M. P ... , finit par confondre avec Je travail intellectuel de simples besognes d'érudition. Insistant avec sévérité sur cette distinction, M. P... n'hésite pas à rendre responsable de la plupart des cas d'aboulie notre enseignement secondaire, dont les programmes immenses et les méthodes de « gavage» semblent combinés pour faire de tout élève un « éparpillé ». Tel étant le mal, quel est, pour le travailleur intellectuel, le but à poursuivre? Voici comment M. P... le définit avec une impeccable précision : « c'est l'énergie de l'attention volontaire, énergie qui se traduit non seulement par la vigueur et la fréquence des efforts, mais encore et surtout par une orientation très nette de toutes les pensées vers une fin unique et par la subordination, pendant le temps nécessaire, de nos volitions, de}nos sentiments, de nos idées à la grande idée directrice, dominatrice pour laquelle nous travaillons. » Mais comment transformer en une volonté durable un désir faible et ch:mcelant? ÜLI les trouver? - Ces moyens existent, répond M. P... , et il ne tient qu'à nous de nous en emparer, si nous savons les chercher OLI ils se trouvent. Mais il faut pour cela commencer par se soustraire à l'influence de deux doctrines philosophique~ opposées et également funestes pour l'œuvre de maîtrise de soi. L'une la théorie fataliste, qui regarde le caractère comme un bloc immuable sur lequel nous n'avons nulle prise, bien qu'elle se recommande des noms de Kant et de Spencer, ne tient pas debout devant l'expérience ni le raisonnement et entraîne des conséquences pratiques déplorables, en ce qu'elle ne peut inspirer que le découragement. L'autre, celle du libre arbitre, tout aussi naïve bien que plus fière d'allure, n'est pas moins décourageante, en ce qu'elle amène à considérer comme chose facile et naturelle !'affranchissement de soi qui est au contraire une œuvre de longue haleine, compliquée sinon artificielle, et qui exige une connaissance très précise accompa_gnée d'un laborieux emploi de nos ressources psychologiques.
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