La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE toutes les ressources de la méthode expérimentale n'a pas encore eu le temps d'affermir. Ct: n·est pas que nous fassions peu de cas des premiers essais que nous ont livrés de hauts penseurs, tant en Angleterre qu'en France, mais ils n'offrent guère que les cadres généraux de la science à construire et demeurent bien loin des applications pratiques de détail. Tant qu'on s'en tient aux généralités vagues, il est clair qu'on ne peut prétendre à diriger l'action pratique parmi les contingences si variées et si complexes de la besogne éducatrice. A peine pourrions-nous citer, dans la bibliographie pédagogique contemporaine, comme fournissant un certain contingent de règles positives et de préceptes raisonnés, trois ou quatre ouvrages, comme l'E11fa11t, de M. Grimard, la série des études de psychologie et de pédagogie enfantines de M. Bernard Pérez, l'Education de:c,1rach~rc, de M. Martin, dont le livre de M. P ... semblerait assez bien le pendant. Encore ces divers ouvrages ne sont-ils pas exempts du même reproche d'abstraction et de généralité. Au reste, il est clair que de bons manuels de pédagogie ne seront possibles qu'au moyen d'une psychologie infantile bien informée. Or il n'est pas excessif d'estimer, en dépit d'excellentes monographies comme celles de M. B. Pérez, que eette branche des sciences psychologiques n'est pas encore débrouillée à souhait pour porter de tels fruits. Mais l'art pédagogique est-il donc limité entre la prime enfance et la fin de l'adolescence? N'existe-t-il que là où il y a un éducateur en face d'un être à éduquer? Cesse-t-il d'avoir une raison d'être lorsque l'adolescent est sorti de la tutelle expresse, directe et définie de la famille ou de l'école? Inutile de tourner et retourner indéfiniment la question pour aboutir à exprimer cette vérité suprabanale, que l'éducation est affaire de toute la vie et qu'à l'heure où cesse l'éducation par les parents et les maîtres commence l'éducation de soi-même par soi-même. Personne, que nous sachions, ne s'était encore mis en devoir de composer quelque manuel théorique et pr:i.tique d'auto-éducation répondant à cette nécessité pourtant archi-séculaire. Mais le mérite de M. P .. · ne consiste pas seulement en ce qu'il ouvre une voie nouvelle et féconde aux recherches de la psychologie et aux efforts de la pédagogie; il faut aussi le louer grandement d'avoir tenu à préciser exactement son but et à circonscrire rigoureusement les limites de ses recherches, comme aussi d'avoir abordé de front et franchement les difficultés les plus délicates, voire les plus scabreuses, et d'avoir su les trancher avec une impertubabilité toute scientifique. ** * Soucieux avant tout de laisser au lecteur une idée exacte de cet ouvrage si substantiel, nous ne pouvons mieux faire que d'en donner un simple résumé tout impersonnel chapitre par chapitre. Dans une laconique préface, M. P ... déclare qu'au lieu de traiter de l'éducation de la volonté prise i11 abstracto et en général, il prend « comme sujet essentiel l'éducatiou de la volonté telle que l'exige le travail intellectuel prolo11gr et pl'rsévérant. » C'est donc spécialement aux travailleurs de la pensée, et plus particulièrement encore aux étudiants et aux jeunes gens engagés dans les professions libérales, que M. P... offre son livre comme une métbode pour arriver ,1 la maîtrise d1 soi.

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