La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Ces écarts résultent des difficultés inattendues rencontrées dans les chantiers, au cours de l'exploitation, le prix de tâche une fois fait par le porion. A ce propos quelques explications sont nécessaires. Depuis la grève de 1889, le système de travail dit au marchandage, qui faisait des ouvriers des sortes d'entrepreneurs opérant à leurs risques et périls dans les conditions d'un contrat établi d'avance, est supprimé. Actuellement, voici comment on procède. Une bande d'ouvriers (deux, trois ou quatre) se présentent devant Je porion et lui demandent du travail. Le porion indique une taille à exploiter et fait luimême le pri.r de tâche. On entend par prix de ttlche la somme payée ~ la bande d'ouvriers par berline de charbon extrait, la capacité de la berline étant fixe et égale à ,·inq hectolitres. Ce prix varie sui\'ant les difficultés du travail, l'épaisseur de la veine, et les accidents de terrain qu'on y prévoit. Plus les difficultés paraissent grandes. plus le prix est élevé et inversement. Mais il est peu aisé d'apprécier d'a\'ance et à coup sùr ces divers éléments. Une moyenne de difficultés étant donnée, il arrive, lorsque le travail avance, qu'on se trOu\'e de beaucoup au-dessus ou au-dessous de cette moyenne. Dans le premier cas, le mineur ne réussit plus à gagner sa journée; dans le second, iI la gagne très largement et sans trop de mal. D'où ce fait que certains ouvriers dépensant la même somme d'efforts que d'autres et souvent plus, n'arrivent que péniblement à gagner 3 ou 4 francs par jour, quelquefois moins, alors que leurs voisins se font 7, 8 et parfois même 9 francs, De là l'inégale répartition du tra\'ail et du salaire dont se plaignent les mineurs. Les Compagnies ont prévu le cas. Elles admettent que le prix de tâche établi par le porion peut être revisé. Lorsque les difficultés de la veine augmentent, le porion est autorisé à augmenter le prix. En revanche, il le diminue, lorsque le travail devient plus facile. Mais le porion est seul juge des décisions à prendre. Or, il est évident qu'il se laisse toujours guider par l'intérêt de la Compagnie, et qu'il a une tendance à favoriser ses créatures au détriment des autres ouvriers. Les créatures du porion, ce sont les mineurs non syndiqués, les " rouffions >) comme on les appelle. Pour ceux-là, toutes les faveurs. " le bon travail>', les bons prix, par suite, les gros salaires. Pour les autres, « le mauvais travail ,, et les journées peu rémunératrices. On se rend compte tout de suite des abus sans nombre auxquels une telle organisation peut donner naissance. Non seulement certains ouvriers ont à souffrir d'injustices répétées, alors que leurs camarades sont constamment privilégiés, mais encore les Compagnies restent maitresses de diminuer à leur guise les salaires, sans qu'on puisse les accuser de manquer à leurs engagements. Il suffit pour cela du mauvais vouloir du porion, en refusant à constater malgré l'évidence, les difficultés nouvelles

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