La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE li n'y a pas d'abus de pouvoir, il n'y a pas d'exploitation du faible par le fort; c'est le plein épanouissement de toutes les facultés individuelles. Voifa cc que nous avons entendu hier; et l'honorable M. Jules Roche nous a reproché de lancer à la société actuelle une sorte d'anathème, de la représenter comme une puissance de~ ténèbres à laquelle nous voulons substituer lâ puissance lumineuse de la société nouve!Te. C'est une fantasmagorie. Nous ne disons pas le moins du monde que la société actuelle soit la puissance des ténèbres; nous disons qu'elle est une forme transitoire de l'évolution économique des sociétés humaines; nous disons qu'elle a rendu de très grands et très puissants services; nous disons qu'elle a étendu et développé la production, qu'elle a accru les forces productrices de l'humanité; mais nous disons aussi qu'à l'heure actuelle les services qu'elle rend sont compensés par une rançon de plus en plus lourde. Oui, elle répand, en effet, un très grand nombre de produits qui étaient inconnus il y a un demi-siècle; mais les travailleurs ne sont pas assurés d'en avoir leur part. A mesure que vous avez accru la puissance de production vous avez accru aussi les besoins et les exigences élémentaires de la vie, et vous voyez le monde du travail traversé de crises de plus en plus profondes, agité par le chômage et toutes les misères de l'ordre industriel actuel. (.\pplaudissements à l'extri!me gauche.) Si les produits sont plus abondants, les chances sont aussi plus terribles pour le travailleur de ne pouvoir plus se procurer ces produits. Oui, vous avez accru la puissance de production, mais de plus en plus vous b concentrez, quoi que vous en disiez, aux mains de quelques-uns. (Applaudissements à l'extrême gauche. - Bruit au centre.) Non, monsieur Jules Roche, il ne s:.iffit pas de faire entendre à cette société une sorte de prédication morale, il ne suffit pas de jeter une sorte de Sttrsitm corda! et d'appeler toutes- les consciences contemporaines à faire leur examen intérieur: elles n'en ont pas le temps, la plupart des consciences contemporaines! (Très bien! très bien! à l'extrême gauche.) Elles sont occupées ailleurs, les unes ;1 lutter contre la misere, les autres à créer, en vertu des nécessitt!s sociales actuelles, la misère des autres. (Interruptions au centre.) Non, il ne suffit pas d'apporter une sorte de prédication philanthropique ou morale 11cette société; il faut encore que cette société elle-même ne soit pas en contradiction brutale avec les leçons de morale qu'elle fait répandre par ses pédagogues officiels. {Applaudissements à l'extrême gauche.) li ne faut pas, lorsque le maître d'école a dit à l'enfant: << Tu seras un citoyen libre, » qu'au moment où cet enfant entre dans la société il trouve sa liberté aliénée sot•s toutes sortes de puissances écrasantes. (Nouveaux applaudissements.) li ne faut pas, quand l'école a dit à l'enfant ce que M. Dupuy répétait dans sa déclaration ministérielle: « il n'y a de richesses dans ce monde que par le travail, » la société lui montre le travailleur de plus en plus spolié et des richesses de plus en plus scandaleuses édifiées s,ur sa misère. (Rumeurs et interruptions sur divers bancs. - Vifs applaudissements à l'extrême gauche.) Je retiens vos interruptions; il s'est produit ici, depuis l'ouverture de ce

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