LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 345 11a fait un très beau tableau de la France paysanne; mais il y a une chose qui caractérise l'histoire du paysan dans ce pays, c'est qu'il a toujours tourné les yeux vers la puissance centrale pour s'en servir et lui demander de le protéger, de l'émanciper. C'est là toute son histoire. S'il a accepté les gens du roi, les impôts du roi, c'est parce qu'ils venaient le débarrasser de l'oligarchie féodale, de la tyrannie locale, qui pesaient de plus près sur lui ; il a conçu le pouvoir central comme une puissance de l'affranchissement. (Applaudissements à l'extr~me gauche.) Et c'est ce qui a fait la grandeur de la royauté! Et lorsque celle-ci, manquant à sa mission, a omis de le protéger contre les abus, contre lesquels elle avait paru se dresser tout d'abord, le paysan, qui avait constitué cette force centrale sous forme de royauté, a !constitué la même force centralesous forme de nation libre et républicaine. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.) Et aujourd'hui, messieurs, que faisons-nous, autre chose que de reprendre cette tradition profonde, séculaire, de la France paysanne? Lorsque nous venons, à l'heure présente, vous apporter ce projet de loi en particulier, que faisons-nous? Nous venons, au 110111 de l'intérêt national du paysan, lutter contre une de ces oligarchies qui se sont substituées peu à peu à la puissance de la nation. (Très bien·! très bien! à l'extrême gauche.) De même que le paysan se tournait vers la royauté protectrice et émancipatrice ... (Mouvements divers) pour briser l'oppression féodale, il se tourne aujourd'hui vers la nation républicaine, vers l'Etat républicain, pour les syndicats de spéculateurs qui le ruinent. (Applaudissements à l'extrême gauche), pour briser (CS oligarchies de chemins de fer ou autres qui pèsent sur lui; en sorte que lorsque nous venons constituer la puissance économique de la force centrale, non pas pour opprimer les individus, mais pour les libérer au contraire, - car cette force de la puissance centrale se concilie absolument avec la pleine liberté individuelle; - quand nous faisons cela - et nous ne faisons pas autre chose par notre projet, - nous ne faisons que briser une oligarchie de spéculateurs qui s'est substituée à l'intérêt individuel et à b nation ellemême; - donc, quand nous faisons cela, c'est nous qui allons chercher dans les profondeurs de l'histoire de France les traditions persistantes, c'est nous qui sommes les véritables interprètes de la conscience paysanne et de l'intérêt paysan. (Applaudissements à l'extrême gauche.) M. JAURÈS-. Et maintenant, messieurs, il reste à M. Jules Roche et à ceux qui, en l'acclamant hier, ne se bornaient pas à acclamer son très beau talent, mais qui applaudissaient aussi à ses idées, il leur reste, pour nous répondre, tout simpiement à faire l'apologie systématique et entière de la société présente, comme nous l'avons vu faire hier. C'est entendu, messieurs, la société actuelle ne mérite aucune critique ... (Exclamations sur divers bancs.) Au centre. - M. Jules Roche n'a pas dit cela! A l'extrème gauche. - Cela a été dit! M. MILLERAN-D. C'est la conclusion du discours de M. Jules Roche. M. JAURÈS-. M. Jules Roche a passé en revue toutes les institutions fondamentales de la sociétc actuelle : La famille, elle est absolument idyllique, et pure, et solide. La propriété, elle n'est entachée d'aucune tare.
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