La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

344 LA REVUE SOCIALISTE chimiques. (Applaudissemements à l'extrême gauche et sur quelques bancs à l'extrémité droite de la salle. - Mouvements divers. Et lorsqu'apparait la vie elle-même avec sa complexité plus grande, lorsqu'apparait le premier organisme vivant dans lequel se résument toutes les lois antérieures et dans lequel se manifestent des lois nouvelles, alors vous pouvez modifier plus facilement l'organisme vivant. Et, messieurs, il n'en est pas de plus compliqué que l'organisme social ! c'est en lui que se résument toutes les lois du monde, avec des lois nouvelles qui résultent et de la nature de l'homme et des rapports des hommes entre eux. La forme sociale étant la plus complexe, elle est, par cela même, la plus modifiable; et à mesure que nous nous élevons à des organismes dans lesquels les lois multiplient et enchevêtrent leurs effets, l'action de l'homme peut se manifester davantage, et nous échappons à la fatalité des choses pour entrer dans la liberté de la conscience humaine. (Nouveaux ~pplaudissements sur les mêmes bancs.) Et puis, messieurs, il y a une autre loi que je m'étonne que M. Léon Say et M. Jules Roche n'aient pas signalée à cette tribune. Une loi qui est la découverte essentielle de notre siècle, qui est l'honneur et la lumière de la science contemporaine, une loi qui est la plus fondamentale de toutes, que je pourrais appeler la loi de toutes les lois : c'est la loi de l'évolution. Ce qui cara::térise notre siècle, ce qui caractérise les conceptions scientifiques appliquées aussi bien à l'ordre naturel qu'à l'ordre social, c'est l'idée qu'il y a une évolution universelle. (Applaudissements à l'extrême gauche. - Mouvements divers.) C'est l'idée que ni la nature, ni la vie, ni l'humanité ne sont enchaînées à des formes immuables. Et qu'est-cc, après tout, que la longue histoire de la vie? Et alors que faisons-nous, nous, lorsque nous nous proposons des transformations sociales? Est-ce que nous nous proposons de sub:,tituer à la force des choses notre arbitre individuel? Pas le moins du monde! Nous nous emparons tout simplement de cette loi de l'évolution universelle; nous constatons dans quel sens se prépare l'évolution des sociétés, et nous nous associons à cette évolution, en vertu de la loi m.:me qui est la loi fondamentale du monde moderne. (Applaudissements à l'extrême gauche.) Et puis l'honorable M. Jules Roche a une conception singulière de !"histoire. Il prétend qu'il est détaché de toute sorte d'absolu, qu'il n'y a de vrai que le relatif, et il s'est fait de l'économie politique une sorte d'idole, quoiqu'il en dise. li ne conçoit la forme du con1merce et les relations économiques que comme elles ont apparu à Turgot à la fin du siccle dernier. Et alors, rétrospectivement, il juge avec cette idée absolue et étroite toute l'histoire de France. il ne voit qu'une suite d'erreurs dans tous les efforts par lesquels de siècle en siècle la nation française a essayé d"échapper aux nécessités qui pesaient sur elle. Lorsque, avec la multiplicité des petits centres locaux de production et de consommation il devenait facile de créer la famine et la disette dans presque toutes les localités, il était sage pendant une certaine période du moyen âge d'instituer des maxima de prix, d'établir certains règlements pour les corporations industrielles naissantes, et je m'étonne que M. Jules Roche n'ait pas compris qu'il y a là une loi d'évolution historique.

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