La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 343 des marchandises doit être un service public, fonctionnant sans aucune prélévation exercée paJ l'intérêt indi\'iduel. De là, il a été conduit à exposer la conception socialiste de l'Etat; il a annoncé la dissolution de l'Etat bourgeois, organe de confusion et de résistance, qui n'aura plus de raison d'ètre quand l'égalité une fois établie, il n'y aura plus de classe à maintenir par force dans la sujétion, et son remplacement par l'administration des choses, c'est-à-dire par la mise en ordre et en jeu des grandes fonctions économiques. Le projet Jaurès représentait un commencement de réalisation de cette idée. Il est vrai que M. Jules Roche est venu faire un grand étalage d'érudition en parlant de Philippe-le-Bel et de la Révolution Française et en annonçant que le monopole amènerait la famine! 11a probablement oublié que les moyens de transport se sont quelque peu perfectionnés depuis cette époque et que la production du blé dans les différentes parties du monde est aujourd'hui tellement considérable que les famines sont impossibles. Il a terminé son discours par un essai de réfutation en règle ct'u socialisme. Jaurès du reste a répondu bien facilement à toutes les objections ! Il a répliqué par un développement oratoire merveilleux d'une belle largeur philosophique : nous reproduisons ci-dessous ce morceau remarquable : M. JAuRts. - Non, M. Jules Roche n'a produit contre nous aucune objection directe et qui porte. 11 s'est borné 11 reproduire certaines considérations d'ordre général et philosophique. Il nous a dit d'abord : Il y a en ce monde, el tLlns le monde social comme dans le monde naturel, des lois que l'on ne peut pas enfreindre, contre lesquelles on ne peut p:is agir. Il ne faut pas que l'homme, dans sa superbe, dans sa témérité, s'imagine qu'il peut agir puissamment et profondément sur le cours des choses. Non! l'humanité p'est pas une terre glaise que le sculpteur peut pétrir et figurer à son grcE. Eh bien! soit. Oui, il y a des lois partout. Mais quel est donc, dans l'ordre social, le sens de ce mot : loi? Oui, sans doute, il y a des lois partout. Mais je me permettrai de rappeler aux amis politiques de M. Jules Roche, qui ont presque tous trouvé dans Auguste Comte leur éducation philosophique, que Comte, qui admet certainement partout l'existence de lois, admet en même temps que le milieu social est absolument modifiable; et cela pourquoi? Parce qu'à mesure qu'une organi~ation devient plus complexe, à mesure qu'elle résume un plus grand nombre de lois, qu'un plus grand nombre de lois viennent croiser en elle leurs effets, elle devient par cela même plus aisément transformable et modifiable. Vous ne pouvez rien changer aux propriétés des figures géométriques, qui sont très simples. Vous ne pouvez changer rien aux lois de la mécanique ni aux mouvements des planètes et des astres, ce sont des lois élémentaires. Vous pouvez agir davantage sur les phénomènes plus compliqués de la chaleur, de l'électricité, de la lumière, davantage encore sur les combinaisons

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