La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

342 LA REVUE SOCIALISTE jeunes ouvriers, dont le niveau intellectuel et l'instruction sont au-dessus de la moyenne bourgeoise de la Chambre. La discussion de l'interpellation relative à la fermeture de la Bourse du travail conÎlrme cette impression. Les députés ouvriers se sont acquittés de leur tâche de telle façon que nous voudrions disposer d'un nombre de pages bien plus considérable que celui qui nous est parcimonieusement compté pour reproduire une partie de la discussion. Faberot, Groussier, Prudent-Dervillers, Coutant, ont montré à quoi peuvent arriver des travailleurs intelligents et studieux, malgré l'annihilation des longues journées et du travail physi'lue. PrudentDervillers, qui a fait à ce sujet le discours le plus étendu et le plus étudié a produit sur tous une réelle impression et nous sommes bien convaincus qu'après quelques années de pratique, ces bons travailleurs auront dépassé de beaucoup les petits bacheliers que l'on a bourrés à grands frais? C'est pour les socialistes qui sont nés dans la bourgeoisie une vive satisfaction que de constater ces exemples de la valeur ouvrière, car il est bien certain que l'émancipation économique ne se fera que lorsque les intéressés sauront conquérir leur émancipation. Cela ne tombera pas du ciel. li faudra au préalable assez d'intelligence et de culture générale pour comprendre, assez d'esprit d'union, de solidarité et de désistement pour réaliser ce que l'on aura compris. Mais aujourd'hui la masse est en marche! Qµ'elle se mé(ie seulement des fauteurs de division, des coteries, des sectes, des chapelles! Si nous ne craignions les observations du zélé secrétaire de la Rente, nous aurions employé une quinzaine de pages à la reproduction des principales parties du débat sur le monopole des blés · (projet Jaurès), mais nous devons être brefs pour permettre la publication des articles originaux. Aussi est-ce avec regret que nous nous contenterons d'une brève mention. Jaurès a magistralement défendu son projet : et nous pouvons dire, après avoir lu les débats complets et après les avoir fait lire à un membre de notre famille qui a fait pendant vingt ans à Marseille le commerce des blés, que l'argumentation du député du Tarn est irréfutable. Les objections qui lui ont été faites émanent de gens quj n'ont point la moindre notion du côté pratique de la question. Un évènement important, ç'a été le début à la tribune de Jules Guesde (séance du 19 janvier). Le vaillant propagandiste a été, dit-on, accueilli par des grognements de mauvaise humeur. Grogner n'est pas répondre! Jules Guesde a fait en termes mordants et cruels le procès du protectionnisme, puis celui .du libre-échangisme, montrant la vanité de ces deux solutions et leur opposant la doctrine socialiste j' après laquelle la circulation

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