33° LA REVUE SOCIALISTE sibles. - D'où vient cette distinction de fait du fou et du sage, de l'homme heureux et de l'homme malheureux, en dehors de toute considération d'ordre économique, de toute satisfaction de besoins proprements dits ? Le grand tort de M. D., la grande lacune de son livre c'ë!st de ne pas s'expliquer sur cette distinction qu'il ne peut écarter absolument et de nous laisser sur l'impression de ces formules générales, qui ont par rapport aux généralisations JJl'atiques de l'expérience commune le grand désavantage d'offrir un sens à peine déterminé et très difficilement accessible. Or, n'est-ce pas de l'homme réel, pratique que s'occupe avant tout le sociologue? Mais ce sont les conclusions mêmes de ce livre II qui faisaient à l'auteur un devoir strict de ne formuler qu'avec la plus grande réserve sa philosophie dernière ! M. D. reconnait qu'à mesure que<, les sociétés progressent les individus s'affranchissent de plus en plus du joug de l'organisme»; p. 385 « que plus il y a d'associés, plus il régissent les uns sur les autres, plus aussi le produit de ces réactions déborde l'organisme». « L'homme se trouve ainsi placé sous l'empire de causes sui generis dont la part relative dans la constitution de la nature humaine devient plus considérable. Les causes sociales se substituant aux causes organiques l'organisme se spiritualise. Une vie nouvelle se surajoute à celle du corps, libre, plus indépendante des organes qui la supportent. » Voilà bien l'homme, l'homme social, l'homme historique, raisonnable et même religieux. Mais comment dès lors passer sous silence, dès qu'il s'agit de cet homme, le problème du bonheur, <1e la mo;-alité, qui le touche directe1nent? Ce n'est pas à l'homme abstrait que nous avons à faire, à l'homme de l'analyse scientifique. Pourquoi n'admettre comme réel, comme objectif, que l'homme organique, l'homme animal que M. D. baptise, reconnaissons-le, l'homme sociologique, et ce qui se rapporte à lui ? Pourquoi vouloir quand même affirmer l'action dans les cercles les plus élevés de la vie d'une prétendue loi sans portée JJl'aliquc, n'ayant que la valeur d'une hypothèse destinée à rendre raison de faits d'ordre inférieur, et n'atteignant pas même ce but ? Procéder ainsi n'est-ce pas méconnaître la moité ou les trois quarts de !'Histoire humaine? biffer d'un trait de plume des milliers de siècles et des continents entiers ? ignorer l'Asie, ignorer la Chine, dire aux choses, dire à la vie : Vous n'êtes que ce que voudront nos civilisations frelàtées et menteuses de l'Occident? - N'est-ce pas suffisance? *** Le livre de M. D. est un livre cur•eux, subtil, intéressant, qu'on devra lire et qui sera lu ; le livre d'un philosophe, collectiviste à ses
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==