La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA DIVISION DU TRAVAIL ET LA CIVILISATION 329 croissement de notre capital de bonheur ; ils ne font que réparer les pertes qu'elles mêmes a causées ». - En définitive ,< la civilisation ne peut expliquer ni l'existence ni les progrès de la division du travail : elle n'a pas elle-même de valeur intrinsèque et absolue; elle n'a au contraire de raison d'être que dans la mesure où la division du travail elle-même se trouve nécessaire >'. ,< li est inexact de faire de la civilisation la fonction de la division du travail ». La civilisation n'est qu'un résultat fatal, non prévu et non voulu de la division du travail ; laquelle est elle-même un résultat mécanique, mathématiquement appréciable, de l'accroissement de densité et de volume du groupe. La civilisation et le progrès nous paraissent indéfinis et n'ont pas de bornes assignables, la cause qui a agi au début : le milieu social, étant en voie de transformation constante. et ne cessant d'agir. M. Spencer a tort de croire que la vie sociale se résout en une lutte de l'individu contre le milieu physique toujours le même au regard de notre expérience et que la société finit par s'asseoir dans une sorte d'équilibre stable. L'idéal, est aussi permanent que le progrès lui-mème. L'idéal est une façon de représentation anticipée du progrès, du développement futur et fatal. C'est ce qui doit être et ce qui existe déjà vil'lucllement dans le présent et le passé, et d'une certaine façon actuelle dans l'intelligence etla conscience de l'individu, avant d'être pleinement réalisé dans les choses. Cet idéal, ce progrès, M. D. tient à nous le bien signifier, n'ont rien de commun avec ce que les hommes _dans tous les temps, sous toutes les latitudes ont appelé la moralité et le bonheur. « Ni la moralité ni le bonheur ne s'accroissent. nous dit-il, avec l'intensité de la vie » p. 376. « La civilisation n'est pas le pôle vers lequel s'oriente le développement historique et dont les hommes cherchent à se rapprocher pour être plus heureux ou meilleurs >'. Qµe M. D. nous permettre de le lui dire : c'est prendre trop vite son parti de ce divorce de l'idéal positif, scientifique et de cet autre idéal qui a nom bonheur, moralité. A-t-il le droit de faire ainsi? - Ces deux choses, la moralité, le bonheur, sont vieilles comme le monde, le mond~ humain, le monde historique, le seul qui existe proprement pour nous. Les deux choses en /ait tiennent dans la vie de l'humanité une si grande place que M. D. lui-même, au cours de son étude scientifique, objective, a la préoccupation constante de les écarter comme des notions gênantes ou mème de les combattre comme ennemies. Bonheur, moralité : deux mots pour exprimer un même idéal qui n'est pas celui de M. D., mais qui n'en est pas moins réel; un idéal qui est la représentation anticipée de certains évènements simplement pos-

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