La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA DIVISION DU TRAVAIL ET LA CIVILISATION et des conséquences toute opposées ? (V. le très curieux et très remarquable livre de G. Simon, La Cité chinoise, Paris, 1887). Pratiquement, on le sent, la question porte loin. Si l'organisation du travail n'est qu'un effet mécanique de l'accroissement de densité. Les choses sont fatalement ce qu'elles sont.D'aucune façon l'homme par sa prévoyance et sa bonté possibles ne peut prévenir Ja dure poussée des choses. Il n'y a pas de science pratique de l'homme individuel, pas de morale, pas de moralité, pas de politique. Comment l'homme se dresserait-il contre la fatalité des choses? Il est agi plus qu'il n'agit. A son insu il est entraîné. Le mal et la souffrance sont dans l'ordre. Tant pis pour les écrasés. Avec un rôle plus grand de l'intelligence et de la conscience ré!léchie dans l'apparition et le progrès de la division du travail, c'est une conception toute différente et optimiste des phénomenes économiques et sociaux. L'Amour, la Bonne volonté reprennent dans le monde la place que la 9lupart des philosophes leur assignent. Comme il y a fagot et fagot, il y a division et division du travail. 11y a une bonne division du travail, il y en a une mauvaise ; ou plutôt la division du travail, comme toute chose, n'est en elle-même ni bonne ni mauvaise ; mais elle est ce que la fait notre volonté. C'est ici le choc, sur un point particulier, des deux grandes affirmations entre lesquelles - depuis qu'est née la Pensée Ré!léchie - se sont partagées les philosophies humaines : « Ce qui est, mal ou bien pour nous, c'est ce qui ne peut pas ne pas ètre. Le mal est dans les choses et le bien ne peut l'en extirper>'. Et l'affirmation opposée: ,< Ce qui est pourrait ne pas être. La Bonne Volonté corrige ou mème prévient. « Gardons-nous de 1\e voir là que des mots ou des nuances de pensée trop délicates et indifférentes. Entre la formule de M. O... et l'autre trouve à se loger toute une façon de penser, de sentir, que l'Histoir.e nous contraint d'appeler de son vrai nom la conception chrétienne, et qui aboutit, en économie politique, à cet ensemble de doctrines généreuses qu'on peut appeler le socialisme français, ou dans les pays de langue anglaise à l'économie optimiste et chrétienne d'Henry George. En Orient, la Chine nous la montrerait peut-être, plus qu'aucun autre pays réalisée dans les faits sous un vocable différent depuis des milliers d'années. De ce point de vue on ne saurait s'empêcher de pt endre quelque peu en pitié notre science de cabinet, avec son petit appareil que nous .croyons énorme parce que nous sommes à l'extraire péniblement du fatras des livres. Ce n'est pourtant pas que les sages avis des rares

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