La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE sous l'influence de causes individuelles et psychologiques pratiquement se confondant avec les causes d'ordre sociologique. C'est bien le besoin de ses aises, de ses commodités plus grandes, le besoin nettement senti d'une productivité plus grande de son travail, qui pousse l'individu à se spécialiser, qui entraîne l'apparition au sein du groupe de la division du travail. Sans doute la société (p. 296) est en un sens la « cause déterminante de la division du travail »: la division du travail présuppose l'existence de la société. - Il faudrait dire pour être correct que la cause de la division du travail c'est le fait même de la réunion en société d'êtres intelligents, ayant beaucoup plus que l'animal le sentiment et la vue anticipée de leur .intérêt propre, et que l'accroissement de la densité morale de la société ne peut que renforcer cette division du travail. Mais pratiquement, c'est encore la formule économique qui apporte .à l'esprit l'idée la plus claire, la plus nette du phénomène. La formule de M. D... ne dit rien. L'assimilation faite par M. D... <les professions hum<1ines à de véritables espèces animales reste inadmissible ; et tout son système croule. La conséquence à tirer de cette discussion menue, subtile et qui peut sembler quelque peu oiseuse,c'est que le mécanisme de M. D... et sa prétention de déduire d'une donnée unique la loi du développement social, ne sont rien moins que justifiés. La prétendue loi « que la division du travail varie en raison directe du volume et de la densité des sociétés, progresse d'une manière continue et fatale au cours du développement social par la raison que les sociétés deviennent régulièrement plus denses et très généralement volumineuses » perd de son inflexible rigueur, pour laisser à 1'1NCONNU, à 1'1NCALCULABLE la place qui lui revient. Les facteurs que vous omettez, qui s'appellent l'intelligence, la conscience, ne sont-ce pas eux aussi des facteurs de premier ordre? Ne devraient-ils pas figurer dans une explication de la division du travail à tout aussi juste titre que votre accroissement de densité? Dans des sociétés également volumineuses est-il indifférent que les bienfaits de la division du travail soient plus ou moins biens compris? Que la mentalité difière? L'organisation du travail ne sera-t-elle pas affectée par le rôle plus ou moins grand de chacun de ses facteurs? En d'autres termes, ne peut-il donc y avoir qu'une sorte de division du travail, la nôtre? Est-ce une nécessité primordiale que chaque spécialisation nouvelle présuppose et entraine une misère nouvelle? ou les conséquences funestes ne seraient-elles que des accidents,des phénomènes dérivés de causes étrangères d'ordre précisément psychologique,?- La Chine, par .exemple, nous fournirait peut-être les grands traits d'un type social tout autre, l'exemple d'une division du travail avec des caractères différents

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